Ce samedi 12 octobre 2013, à Cabestany, avait lieu le congrès annuel de l’association départementale des maires, des adjoints et des présidents de l’intercommunalité des Pyrénées-Orientales, présidée par Guy Ilary, maire de Tautavel et conseiller général (canton de Latour-de-France).

Nous reproduisons ci-dessous l’intégralité de l’intervention du préfet des P-O, René Bidal, discours prononcé à la mi-journée devant les nombreux élus présents…

« Mesdames et Messieurs les Maires, le temps passe vite, bientôt deux ans de présence dans ce département me prêtent une légitimité pour réfléchir aux forces et aux faiblesses de ce beau Roussillon, mais aussi pour apprécier, collectivement et parfois individuellement, votre engagement inexpugnable dans la défense des intérêts de votre commune.

Cette rencontre annuelle est une magnifique tradition, digne et modeste héritière des banquets républicains dont elle a su conserver l’esprit : celui d’un moment de convivialité détaché des enjeux politiques ; celui d’un manifeste de reconnaissance pour l’action que vous menez et l’engagement personnel que vous y démontrez ; celui d’une occasion de partage dans une réciprocité empreinte de confiance et de respect qui doivent, plus que jamais, unir les acteurs publics que nous sommes, en charge de la destinée de ce beau département.

Vous incarnez, mieux que quiconque, ces Pyrénées-Orientales dans la diversité et la complémentarité des enjeux qui en font le présent et en déterminent l’avenir.    

En ces temps marqués par une crise protéiforme où l’action publique est contrainte par des richesses qui se raréfient, l’échange démocratique de ce matin est un moment privilégié qui permet de croiser nos regards sur l’intérêt général, de dégager des perspectives sur un horizon commun, celui de notre Pays et de sa jeunesse dont l’avenir ne doit pas se construire dans la résignation d’un destin qui nous échappe.

Clôturant cette matinée, j’ai le devoir de vous dire les priorités gouvernementales et leurs déclinaisons départementales.

Mesdames et Messieurs les Maires, pour la compréhension générale, je ne vous épargnerai pas de quelques chiffres, quelle que puisse en être fastidieuse l’écoute. D’abord, les perspectives budgétaires. Comme vous le savez, le projet de loi de finances 2014 a été déposé, le 25 septembre, sur le bureau de l’Assemblée Nationale. Il guide l’action de l’Etat vers deux objectifs complémentaires que je résumerai par deux verbes :  rétablir et investir.

 

         Rétablir : car sur la base d’une croissance estimée à 0,9% en 2014, notre richesse nationale (le PIB) s’élèvera à 2 117 milliards d’euros. Pour la sécurité financière de la France et afin de lui garantir des conditions acceptables d’accès aux crédits, il est vital que le déficit de nos comptes publics soit réduit. Ce déficit sera de 4,1% du PIB fin 2013, il devrait baisser à 3,6% en 2014 et passer sous le seuil des 3% en 2015, ce qui répondra, comme vous le savez, à l’engagement des pays de la « zone euro » et aux fameux critères de convergences qui étaient déjà inscrits dans le traité de Maastricht.

Cet objectif de réduction du déficit va se traduire, l’an prochain, par un effort collectif d’économies de 15 milliards d’euros selon la répartition suivante : 6 milliards de réduction des dépenses sociales et 9 milliards de restrictions budgétaires pour l’Etat ; est comprise dans les 9 milliards d’économie pour les dépenses de l’État, la baisse des dotations aux collectivités territoriales à hauteur 1,5 milliard ; cette baisse des dotations sera répartie à proportion des dépenses totales des différentes collectivités, selon les termes du pacte de confiance et de responsabilité qui a été conclu entre l’Etat et les exécutifs locaux. Pour les communes, cela va représenter une baisse des dotations de 588 millions d’euros et pour les communautés de communes de 252 millions d’euros.                                                  

         Rétablir, c’est vouloir renforcer encore la confiance entre l’Etat et les collectivités, puisque nous sommes tous comptables et responsables de la défense de notre souveraineté financière.

La souveraineté budgétaire suggère que soit combattue notre addiction à la dette qui représente aujourd’hui 1 950 milliards d’euros, soit 95% de notre PIB. Songez qu’avant même que nous ayons dépensé le premier euros pour faire fonctionner l’Etat, nous savons que le poste de dépense le plus lourd qui est à prévoir dans la loi de finance, est celui du remboursement des intérêts d’emprunts et de la partie échue du capital (c’est ce que l’on appelle la charge de la dette) ; ce poste de dépense va peser 46,7 milliards d’euros en 2014 sur un budget total des dépenses de l’État estimé à 370,5 milliards d’euros. Autrement dit, au moment même où la loi de finances se discute au Parlement, on sait que de façon systématique et obligatoire, sans qu’aucun choix politique puisse en changer l’incidence, 46,7 milliards d’euros doivent être réservés, en 2014, pour payer la charge de la dette, soit 12,6% de notre budget total. Réduire cette exposition annuelle à ces lourdes créances que détiennent les Pays tiers et dont la France est débitrice, c’est augmenter notre souveraineté en diminuant notre dépendance aux autres. C’est bien là tout le sens des efforts entrepris pour réduire les déficits.

C’est pourquoi le projet de loi de modernisation de l’action publique territoriale propose de concilier, tout à la fois, une plus grande efficacité de l’action publique, un abaissement de son coût et un approfondissement des libertés locales. Les principes de libre coordination des interventions locales impose un dialogue constructif entre les différents échelons de décisions, le déport des responsabilités des uns sur les autres n’a plus sa place dans un pays qui veut sortir de la crise. Chacun doit encourager un partenariat responsable, débarrassé des tentations d’habiletés  démagogiques qui consistent à renvoyer sur l’autre la cause de nos faiblesses collectives. Nous devons partager la même conscience des nombreux défis qui sont à relever pour que notre France éternelle pèse, demain encore, dans le concert des Nations.

Cette démarche partenariale et la consolidation des comptes publics sont intimement liées et L’État doit montrer l’exemple. C’est l’un des objectifs du choc de simplification, qui bénéficiera aux collectivités en réduisant le flux des normes et des charges administratives.                     

Le renforcement de la péréquation permettra un partage plus équitable. 109 millions d’euros supplémentaires de péréquation venant de l’Etat, bénéficieront au bloc communal. Pour la péréquation horizontale, entre les collectivités de même niveau, elle progressera de 203 millions d’euros. De nouveaux critères solidaires et équitables s’appliqueront, ils tiendront compte de la richesse des collectivités et de leur effort fiscal. Nous avons des efforts à faire pour garantir l’égalité des territoires. Par ailleurs, le Premier Ministre s’est prononcé hier, à Lille, en faveur de la revalorisation du FCTVA à compter du 1er janvier 2014.

Rétablir et investir, car pour rétablir la croissance, créatrice d’une richesse durable, il faut encourager l’investissement et parier sur la motivation et les talents de notre jeunesse.

 

         Investir, vous le faites, fortement, avec vos intercommunalités. C’est une bonne chose car l’investissement doit être préféré aux charges nouvelles de fonctionnement, c’est d’ailleurs ce que fait l’État. Mais, pour les collectivités, encore faut-il avoir accès au crédit, ce qui met en perspective la crédibilité du budget de votre commune auprès de vos banques. Souvenez vous qu’après la crise bancaire de 2008 et la chute de « DEXIA », le financement court terme des collectivités locales fut dans l’impasse, une action publique résolue a été nécessaire, même si vous l’avez estimée trop lente. Désormais, un équilibre durable a été trouvé et il s’organise autour de deux acteurs.

La banque postale d’abord ; elle a soutenu la trésorerie des collectivités en accordant des prêts de courts et moyens termes, dont les 2/3 ont bénéficié aux communes. Dans les situations les plus difficiles, j’ai moi même, avec Jean Metois, le DDFIP et ses services, organisé des réunions de concertation, en présence des banquiers, pour que le lien de confiance et des conditions acceptables d’emprunt soient rétablies.

La caisse des dépôts et consignations ensuite ; elle intervient sur le segment des prêts à long terme, pour que des investissements porteurs d’avenir puissent se réaliser. A cet effet, la CDC dispose de 20 milliards d’euros sur fonds d’épargne. Les prêts accordés sont à un taux très compétitif, mais c’est surtout la durée de remboursement qui est souvent exceptionnelle, elle peut aller jusqu’à 60 ans. Pour rappel, en 2012, la CDC a octroyé aux collectivités 1,6 milliards d’euros de prêts.                    

 Cette réponse publique forte pour aider financièrement les collectivités a eu, par le simple jeu de la concurrence, un impact positif et déterminant sur le secteur bancaire classique en stimulant des offres de crédits plus abordables ; ainsi, les banques commerciales ont-elles été contraintes de promouvoir des conditions plus avantageuses pour les communes et d’assouplir les conditions d’accès à l’emprunt. Sauf exception que j’ignorerais à ce jour, il n’y a plus, dans notre département, de situation de crise aiguë dans la trésorerie court terme des communes.        

Investir, c’est également investir dans les entreprises, mais pas uniquement dans les plus grandes qui ne sont pas présentes dans le département. C’est parier, au contraire, sur les PME/PMI/TPI.

Au plan national, 12 milliards de crédits seront ouverts pour la mise en œuvre d’un nouveau programme d’investissement destiné à renforcer notre compétitivité en orientant la dépense publique vers des investissements à haute valeur ajoutée économique. Par ailleurs, pour le reste du tissu productif que constituent, notamment, nos petites entreprises départementales, le crédit impôt-compétitivité-emploi (CICE) monte en puissance en 2014. Ce nouvel effort budgétaire se traduira par un allègement net du coût du travail de 20 milliards d’euros pour les entreprises, mais celles-ci mesureront très directement l’intérêt du CICE, dès 2013, dans leur bilan comptable, avec l’appui pédagogique des experts comptables.

Par ailleurs, plusieurs organismes de soutien ont été créés : d’une part, la banque européenne d’investissement (BEI) qui est le principal opérateur du pacte européen pour la croissance. La création de cette banque a été portée et défendue à l’échelle européenne par le Président de la République. En France, le niveau d’engagement annuel de cette institution sera de 7 milliards d’euros pour les trois prochaines années.

D’autre part, la banque publique d’investissement France (BPI). Cette BPI France dispose de 42 implantations régionales dont celle du Languedoc-Roussillon qui a été installée le 12 juin dernier ; l’objectif de cette nouvelle institution régionale est de soutenir le développement des PME et de rationaliser les offres de financements aux entreprises sous la forme d’un guichet unique.

 L’investissement doit aussi concerner le capital humain afin d’encourager et de soutenir l’emploi des jeunes qui ont besoin d’espoir et de confiance à la mesure de la motivation et du sérieux qui existent chez beaucoup d’entre eux. La loi de finance 2014 prévoit 3,6 milliards d’euros pour vous aider financièrement à soutenir les contrat aidés.

A cet égard, vous avez joué, Mesdames et Messieurs les maires, un rôle majeur dans cette bataille pour l’insertion professionnelle. Je vous témoigne ma profonde gratitude. Je pense particulièrement aux emplois d’avenir du secteur « non marchand » qui sont destinés aux employeurs publics et associatifs et dont l’Etat assure 75 % de la rémunération ; A ce jour, 83 % de nos objectifs pour 2013 sont atteints ce qui nous place dans les tout premiers départements français. Autre dispositif, celui des contrats de génération : à ce jour, 78 contrats de génération ont été conclus dans les Pyrénées-Orientales sur les 402 qui ont été signés dans toute la région.

Bien sûr, des efforts sont encore à fournir, en particulier pour les jeunes issus des quartiers les plus en difficulté. Pour les soutenir, le dispositif expérimental des emplois francs a été mis en place. En juillet dernier, 10 villes en France ont fait partie de l’expérimentation, dont Perpignan, depuis fin septembre, 30 autres villes ont été désignées. Comme ils l’ont fait pour les emplois d’avenir, Pôle Emploi et la Mission Locale des Jeunes se mobilisent fortement, avec l’Etat, pour promouvoir cette prime de 5 000 euros attribuée à l’employeur privé qui embauche, sur un CDI à temps plein, un jeune de moins de 30 ans, qualifié ou non, qui réside dans les ZUS de Perpignan.            

A cet égard, n’ayons pas de présupposé, ce n’est pas le lieu de sa résidence qui rend la personne moins intelligente, moins habile et moins motivée ; à l’évidence, les obstacles pour une insertion professionnelle réussie sont plus nombreux dans ces quartiers puisque, aujourd’hui, un jeune qui habite dans une ZUS et qui recherche un emploi a deux fois moins de chance de le trouver.  L’emploi franc est donc une incitation que les services publics doivent préparer pour que le résultat soit une réussite, tant pour le salarié que pour l’employeur.

Autre chantier prioritaire : investir dans l’éducation.

En France, l’école a toujours été un sujet polarisant, passionné et  clivant du débat public national. C’est peut-être pour cela que Paul Bert, ce janséniste de la IIIème République, appelait l’école « notre église laïque », elle est surtout l’église de la République, celle où doit s’apprendre le vivre ensemble et la citoyenneté. Par tradition aussi, l’école est aussi un sujet d’intérêt local qui vous a toujours mobilisé, vous les maires !

L’école est au centre de vos préoccupations et, au début du siècle dernier, notre République laïque a voulu indéfectiblement lier l’école et la mairie, en situant les classes et les préaux au plus près de l’hôtel de ville. Ce fut aussi une volonté symbolique, celle de prémunir l’école publique de toute tentative d’influence confessionnelle.

C’est donc aux fondements même de notre République qu’il faut rattacher ce lien entre la mairie et l’école ! Tocqueville écrivait : « les écoles primaires sont à la science ce que les institutions communales sont à la liberté ». L’école primaire est le terreau de la démocratie et du respect de l’autre dans la liberté des consciences et de la pensée.

Je sais que si certains maires sont déjà prêts pour adapter le fonctionnement de leurs services à la réforme des rythmes scolaires, cette réforme en inquiète de nombreux autres. Ces inquiétudes sont prises en compte au plus haut niveau de l’État. Localement aussi ; sachez que les services de l’Etat, la direction académique en particulier, sont là pour vous apporter leur concours. Le péri-scolaire nécessitera des changements d’organisation et, personne n’en doute, quelques surcouts qui concerneront les communes mais aussi le transport scolaire ; nous devons tous nous attacher à la réussite de ce nouveau mode d’organisation qui doit renforcer le bien être et l’apprentissage des enfants.                                 

Rien n’est plus adapté que l’école pour éloigner notre jeunesse d’un sujet que je veux aborder rapidement, celui de la délinquance.

Comme l’a rappelé récemment le ministre de l’Intérieur en lançant son plan d’action de lutte contre les cambriolages et les vols à main armée, la vérité et la transparence sont les conditions d’une prise en compte précise et non dévoyée des phénomènes de délinquance tels qu’ils se manifestent ; la vérité et la transparence doivent guider cette responsabilité première de l’État qui est celle de garantir la sécurité de nos concitoyens, sans défaillance, mais aussi sans démagogie.                                                    

Combattre la délinquance est une mission difficile, de tous les instants ; je veux rendre hommage aux forces de l’ordre de ce département pour le travail exceptionnel d’enquête qu’elles accomplissent dans le but d’élucider les affaires. Sur les huit premiers mois de l’année, les atteintes aux biens ont augmenté de 3,7% bien que le nombre de cambriolages ait, en revanche, légèrement baissé ; les atteintes à l’intégrité physiques ont également crû de 2,77%.

De nombreux maires sont engagés dans des actions de prévention et je viens de relancer le plan départemental qui permettra de mieux vous associer dans les actions qui semblent les plus utiles à votre commune pour assurer la tranquillité publique et la lutte contre les incivilités qui, plus que les délits pénalement répréhensibles, sont souvent à l’origine des récriminations récurrentes de vos administrés.

En outre, j’aurai signé, à la fin de l’année, une quarantaine de conventions de coordination police nationale et gendarmerie avec vos polices municipales respectives lesquelles font un travail remarquable sur la voie publique que je souhaite aussi saluer. Là encore, je ne crois qu’au partenariat et à la volonté que l’on doit partager au delà des mots. Il est un chantier à développer aussi, c’est celui de la lutte contre les fraudes qui coûtent 20 milliards à l’État c’est à dire le cout des nouvelles mesures en faveur de la compétitivité ! Au plan départemental, l’institution de lutte contre les fraudes est le CODAF ; j’ai la satisfaction de vous dire que cette institution, que je préside avec le Procureur de la République, fait état d’un bilan tout à fait flatteur qui est considéré comme exemplaire.

 Autre sujet que je ne saurais passer sous silence : les élections municipales. Là encore des changements interviennent, pour lesquels la Préfecture et les Sous-Préfectures sont vos appuis naturels. Ces changements concernent tout d’abord l’abaissement, de 3 500 à 1 000 habitants, du scrutin proportionnel de liste. Par ailleurs, les petites communes seront concernées par l’obligation généralisée du dépôt des candidatures, en Préfecture ou en Sous-Préfecture. Une circulaire particulière vous précisera le détail de ces évolutions.

Enfin, le prochain scrutin municipal va renforcer l’onction du suffrage universel dans les intercommunalités, puisque les délégués des communes, dans les communautés de communes ou d’agglomération, seront directement fléchés et connus, avant le scrutin, dans les listes des communes de plus de 1 000 habitants. A ce propos, les communes ont été invitées à fixer le nombre et la répartition des sièges.                           

Vous le savez, en l’absence de proposition, c’est un arrêté préfectoral qui fixera cette répartition, le 31 octobre au plus tard, au regard de la population et de la représentation proportionnelle au plus fort reste.

Quelques mots sur l’intercommunalité. Il est vrai que comparées à la vénérable ancienneté des municipalités érigées par les révolutionnaires, le 14 décembre 1789, les intercommunalités apparaissent bien juvéniles sur la photographie de notre vieux paysage institutionnel. Pour certains leur évolution est trop lente, pour d’autres, heureusement peu nombreux, leur utilité est jugée hasardeuse au motif que cet échelon se surajoute plus qu’il ne complète celui de la commune. Ma conviction personnelle rejoint, bien sûr, la première appréciation.

Les temps qui s’annoncent ne permettront pas durablement à toutes les 36 682 communes d’être maître de leur destin budgétaire si elles ne sont pas adossées à des intercommunalités désireuses de couvrir les investissements les plus onéreux et les compétences les plus lourdes. Une intercommunalité forte me semble constituer le meilleur rempart aux tentations que l’on perçoit menaçante pour les communes.

Enfin, dans notre département, il n’y aura plus de communes isolées, les derniers irréductibles se sont rendus, sans violence d’ailleurs ; il n’y a plus d’îlot communal, même si existe un archipel. Je me réjouis de ces progrès puisque la couverture intégrale du département, sans discontinuité territoriale, sera réalisée au 1er janvier 2014. Je souhaite, devant vous, remercier les membres de la commission départementale de coopération intercommunale qui m’ont accompagné et supporté au sens propre et figuré, en favorisant un débat serein et souvent constructif. Désormais, il faut tirer toutes les conséquences patrimoniales et financières, dans un esprit de responsabilité.

Dans des domaines où les orientations stratégiques semblent trouver leur juste place à l’échelon intercommunal, certains projets de loi viennent apporter leur concours. C’est le cas du projet législatif pour l’Accès au Logement et à un Urbanisme Rénové, dite loi « ALUR », elle pose le principe, qui est actuellement discuté au Parlement, d’une possibilité de compétence intercommunale pour les plans locaux d’urbanisme (PLU) ; la loi va être examinée par le Sénat à compter du 22 octobre et je ne doute pas qu’elle suscite un débat très nourri sur ce point particulier. De même, l’instruction des actes du droit des sols sera exclusivement portée par les EPCI à compter de 2015.                                                                                   

A propos de la loi ALUR, je souhaite aborder la question du logement, dans un département qui connaît des situations de grande précarité. La programmation des constructions neuves de logements sociaux doit être une priorité tant elle permet, d’une part, d’augmenter l’offre que justifie les 2 500 demandes de logements sociaux non satisfaites, d’engager une réflexion plus globale sur l’organisation sociale du territoire. La réflexion doit être approfondie à une échelle mutualisée et intercommunale pour atteindre le résultat que souhaite et qu’impose la loi. Pour le département 816 constructions de logements sociaux (PLAI et PLUS) ont été financées en 2012.

Dans ce domaine, la CDC est un acteur majeur du financement, je suggère une suppression de ce que je nomme le double cautionnement. En effet, comment expliquer que la CDC impose une garantie financière aux communes équivalente à 100% du prêt concédé à l’office HLM, alors même qu’existe « la caisse de garantie du logement locatif social » dont c’est le rôle ? C’est une charge d’écriture budgétaire dont les communes se passeraient bien puisque cette caution solidaire pèse sur la capacité d’emprunt de la commune en augmentant son exposition au risque, sans réelle justification puisque, sur tout le territoire national, la garantie des communes pour le logement social n’a jamais été utilisée par la CDC.

Dans la question du logement, la lutte contre l’habitat indigne et les marchands de sommeil tient une place importante dans mes priorités que je partage avec le Procureur de la République. Malgré le succès de nombreuses OPAH, plus de 23 000 logements sont encore concernés. Avec l’aide des maires, l’État doit avoir des actions incitatives. Ainsi, les aides de l’ANAH, dont l’enveloppe financière est en augmentation cette année, constituent l’instrument majeur de cette incitation.

Mais l’État doit avoir aussi une action coercitive chaque fois que la situation l’impose. J’ai ainsi pris, cette année, davantage d’arrêtés d’insalubrité et j’ai mené de façon résolue, aux côtés des élus et de la Justice, la lutte contre les marchands de sommeil. Un échange plus libre et plus formel des informations, qui sont détenues par les différents services, favorise la connaissance des dossiers et l’identification des escrocs.

Enfin, je vous dois quelques réflexions personnelles sur un sujet connexe au logement : celui de l’accueil des gens du voyage. Cessons l’hypocrisie sur ce sujet vécu comme douloureux dans un département qui, par nature, accueille de très nombreux gens du voyage sédentarisés tout autant que des adeptes de « grands passages ». Les aires qui figurent dans le schéma, qu’il convient d’ailleurs de réviser, sont souvent inadaptées aux déplacements estivaux dont les flux ne cessent d’augmenter. Sans volonté de provoquer, nous savons tous que ces emplacements ont été proposés en fonctions de critères qui sont assez éloignés des besoins qu’expriment régulièrement les gens du voyage. Ces besoins nous les connaissons tous : des terrains plats et accessibles, enherbés, pas trop éloignés de la mer…

Une réflexion prospective doit être menée, au niveau intercommunal, pour anticiper ces préférences et aider, financièrement s’il le faut, les communes qui peuvent y répondre et qui, tous les étés, sont systématiquement concernées. Il convient aussi, avec l’aide du juge, de procéder chaque fois qu’il est possible, à des saisies conservatoire sur les véhicules, pour recouvrer les frais consécutifs aux dégradations et aux vols que vous subissez.

Il est inacceptable, enfin, que les policiers municipaux et les gendarmes soient l’objet de provocations parfois vives, sans suite judiciaire. J’envisage sur ce point un travail avec le Procureur de la République car cela suppose, faute de pouvoir précisément identifier la personne à l’origine des dégradations, que l’on puisse faire reconnaître une responsabilité solidaire ; une analyse juridique s’impose sur les voies et moyens pour y parvenir et je l’ai demandée.

Renouant avec les enjeux de long terme par lesquels j’ai commencé mon propos, un mot sur les risques naturels de notre département. Sans même m’appesantir sur les drames humains et les lourds dégâts matériels qu’ils peuvent générer, ces évènements nous obligent, y compris, vous le savez, judiciairement. Je vous incite à la plus grande rigueur dans la délivrance des permis de construire dans un contexte ou les actes ne seront plus préalablement examinés par les services de la DDTM, en 2015.     

Dans ce même domaine s’agissant des réparations au dommages subis, l’État, au titre du fonds de solidarité en faveur des collectivités locales, aide fortement les collectivités affectées par des évènements majeurs. J’ai personnellement sollicité ce fonds à plusieurs reprises depuis mon arrivée puisque je n’ai pas été épargné, comme certains d’entre vous d’ailleurs, par les catastrophes.                                                           

Pour l’entretien des cours d’eau qui constitue un élément préventif des inondations, vous connaissez ma doctrine et elle n’a pas changé. Les travaux envisagés doivent être évidemment proportionnés aux besoins mais les services n’ont pas à vous opposer un quelconque a priori. La loi vous donne les moyens d’intervenir, par le biais de la déclaration d’intérêt général surtout en cas de défaillance des propriétaires riverains. Je vous engage à en faire un usage mesuré mais déterminé chaque fois que les circonstances l’imposent. Il en va de la protection des personnes et des biens qui n’admet pas de compromis.

Je souhaite délivrer un satisfécit aux communes qui ont mis en œuvre leur plan communal de sauvegarde. 119 communes sont concernées, 88 d’entre elles l’auront réalisé dans les six prochains mois. J’engage les autres à s’y investir sans tarder.

Au sujet de l’eau, je salue le travail qui a été accompli par le conseil général, les syndicats de bassin et les services de l’Etat. A titre d’illustration, le bassin de l’Agly va prochainement se doter d’un syndicat de gestion et d’investissement préfigurant l’installation prochaine d’une commission locale de l’eau. Ce n’est pas à vous que je vais apprendre l’importance de l’eau pour l’agriculture départementale. A mon niveau, j’essaye, autant qu’il est possible, de faire entendre cette évidence.

Voilà, Mesdames et Messieurs les maires, un tableau des défis auxquels nous sommes collectivement confrontés, ils sont complexes et divers ; ils nous obligent dans l’exercice de nos missions respectives. Sans votre engagement, sans votre dévouement, sans votre savoir faire dans l’appréhension des enjeux locaux, la connaissance des forces et des faiblesses de notre cher et vieux Pays s’en trouverait amoindrie. Merci pour votre action et les sacrifices personnels que vous consentez dans l’exercice de votre mandat. Bonne chance à ceux qui ont le désir de le renouveler.

Vous êtes la respiration de la France sur sa terre Catalane, vous en êtes aussi le cœur républicain dont, en sûreté de conscience, nul ne peut imaginer se passer ».