Depuis hier, Michel Tonon et Jean-Pierre Maggi ne sont officiellement plus mis en examen. Le délai de recours a expiré ; les deux hommes peuvent donc se prévaloir pleinement de l’ordonnance de non-lieu que la juge d’instruction a signé le 4 janvier 2012 et dans laquelle elle estime « qu’il n’existe pas de charges suffisantes contre Michel Tonon et Jean-Pierre Maggi de s’être rendus coupables de délit de favoritisme pour le premier et de complicité de délit de favoritisme pour le second, dans une affaire concernant les transports de l’Agglo ».

Ouf de soulagement pour les deux hommes bien sûr, satisfaits que leur « bonne foi » ait été reconnue ; mais Michel Tonon n’en restera pas à la simple satisfaction. L’affaire lui a coûté cher. « Cela m’a valu de ne pas être désigné par le Parti socialiste comme candidat aux législatives dans la huitième circonscription » , estime le maire de Salon-de-Provence.

Une éviction qu’il a vécue comme « un camouflet » . « Martine Aubry m’a laissé comprendre que ma mise en examen posait problème dans le contexte des Bouches-du-Rhône, même si elle n’avait clairement rien à voir avec l’affaire Guérini » , poursuit Michel Tonon.

Pour lui, aujourd’hui, il faut donc remettre les compteurs à zéro et revenir sur l’investiture d’Olivier Ferrand dont il dénonce le parachutage. « Je demande à ce que ma candidature soit réétudiée à la lumière de ces nouveaux éléments, explique-t-il. Ce n’est pas parce que l’on est élu dans les Bouches-du-Rhône que l’on est malhonnête. »

Et si d’aventure, Martine Aubry faisait la sourde oreille, Michel Tonon prévient : « Je ne m’interdis rien » , comprendre « je ne m’interdis pas de me présenter en dissident ». Il précisera sa position dans une quinzaine de jours.

Entre les lignes, c’est sur un désistement d’ Olivier Ferrand que mise le maire de Salon. Le président de Terra Nova, conseiller municipal à Thuir (Pyrénées-Orientales), a déjà fait campagne pour les législatives en 2007, dans la 4ème circonscription des P-O, dans un contexte furieusement similaire. Il avait contre lui, en dissidence, l’un des maires socialistes de cette 4ème circonscription, Pierre Aylagas, maire d’Argelès-sur-Mer, conseiller général et président de la communauté de communes Albères/ Côte Vermeille… Au final, cette circonscription de gauche avait glissé à droite, remportée par Jacqueline Irles (UMP), maire de Villeneuve-de-la-Raho et vice-présidente de l’agglo PMCA.

Michel Tonon veut donc faire rejouer le match. Reste à savoir à combien se joue la partie. Lors des dépôts des candidatures internes au PS, en novembre dernier, Jean-Pierre Maggi, maire de Velaux et conseiller général, et Gérard Frisoni, 1er adjoint au maire de Berre et conseiller régional, étaient également sur les rangs.

Contrairement à Michel Tonon, ils étaient, tous les deux, prêts à abandonner tous leurs mandats locaux en cas de victoire. Comme Michel Tonon, ils ne s’interdisaient rien si d’aventure…

Depuis Jean-Pierre Maggi s’est clairement rangé derrière Olivier Ferrand, rappelant de cérémonie de voeux en galettes des rois, que le quadra est l’enfant du pays, que la place centrale de Velaux porte le nom de son arrière-grand-père, ancien maire du village.

Gérard Frisoni, lui, continue de ne rien exclure mais a amorcé un étonnant rapprochement avec Salon. « Je discute avec Michel Tonon » , disait-il, hier. Difficile de pousser plus loin et de savoir ce qui pèse sur les discussions.

Olivier Ferrand, lui, reste sobre. « Je laisse Michel Tonon juge de l’opportunité d’un recours interne au sein du PS contre mon investiture, estime-t-il. En revanche, une stratégie de dissidence serait suicidaire pour tout le monde dans un territoire menacé par le FN » Et de conclure « sur le sens des responsabilités » dont le maire de Salon « a toujours su faire preuve ».

L’ambiance sonore est donc de nouveau à la cacophonie chez les socialistes provençaux (comme ce fut le cas chez les socialistes catalans en 2007), dans la huitième circonscription des Bouches-du-Rhône. Reste à savoir s’il y a vraiment un chef d’orchestre dans la fosse.