Jean-Michel Solé, hôtelier-restaurateur-vigneron, maire de Banyuls-sur-Mer, pose ici sur le front-de-mer de sa commune à côté d’une réplique de la statue « l’Air » réalisée en plomb par le sculpteur Aristide Maillol, en 1938, installée dans le jardin des Tuileries, à Paris

 

Ouillade.eu : serez-vous candidat à votre propre succession lors des prochaines élections municipales en mars 2020 ?

Jean-Michel Solé : « Oui, bien sûr. Je repars parce que je n’ai pas fini mon travail. Et que j’ai vraiment envie de le faire ! L’équipe est pratiquement bouclée, renouvelée pour un tiers entre ceux qui estiment être atteints par la limite d’âge, ceux qui ne veulent pas se représenter et ceux qui ont d’autres obligations, sur le plan privé ou sur un plan professionnel ».

Ouillade.eu : comment se déroule la saison à Banyuls-sur-Mer ?

Jean-Michel Solé : « Un très joli mois de juin, après un mois de mai qui s’est bien passé. Un mois de juillet décevant, comme je pense cela a été le cas partout ailleurs sur le littoral dans le département si j’en juge par ce que je lis, j’entends, parce qui me remonte… et un mois d’août qui a excellemment démarré, sur les chapeaux de roues ! Mais comme on dit, c’est à la fin du bal qu’on paie les musiciens, donc j’attendrai le 30 septembre pour me prononcer sur un quelconque bilan. Pour l’instant, la saison se passe plutôt bien, il n’y a pas de soucis majeurs, je suis content ».

Ouillade.eu : en été, que représente le budget « animation » au niveau de la commune ?

Jean-Michel Solé : « Environ 150 000 euros. Tous les soirs d’été, excepté le lundi où nous avons décidé que ce serait relâche, il y a une animation. Toutes les animations proposées par la municipalité en partenariat avec les commerçants, sont gratuites. Elles sont diverses et variées, avec un thème particulier pour chaque jour, mais il y a toujours un fil conducteur, à savoir recréer « l’esprit village », c’est d’ailleurs pour cela que nous impliquons les associations, car elles sont le moteur de la vie de la commune. Elles n’hésitent pas à se jeter à l’eau, à participer, à mettre la main à la pâte, on le voit notamment pendant le carnaval. Banyuls possède d’ailleurs cette particularité, à savoir que la moindre reconstitution historique, comme nous l’avons fait avec la fête du col de Banyuls, c’est 300 personnes qui se déguisent ; une sardinade sur la plage et ce ne sont pas moins de 600 personnes qui se mettent à table sur le sable… Les bénévoles du tissu associatif organisent régulièrement des grillades, des paellas, des barbecues…  Tout se passe bien, dans un climat bon enfant. Ce samedi 17 août, plusieurs Dj’s vont justement se succéder sur la plage pour réaliser un « set nocturne » original. C’est aussi pour répondre à la demande de la jeunesse du village ».

 

Ouillade.eu : la commune afficherait donc un dynamisme dont vous n’êtes pas peu fier ?

Jean-Michel Solé : « C’est exact et je le revendique parce que les chiffres sont là pour confirmer en tout cas cette part d’attractivité. Des quatre communes de la Côte Vermeille, Banyuls est la seule à avoir vu progresser sa population ces dernières années : +160 habitants en deux ans. Nous atteignons aujourd’hui le chiffre de 4 850 habitants, un chiffre jamais atteint dans le passé. Banyuls n’a jamais été autant peuplée. Face à cette « pression démographique », et pour répondre à la demande de la population afin de la fixer, nous avons le projet de lotir 140 parcelles, dans le secteur sud de La Rectorie, entre la Gendarmerie et le GICB ; près de la moitié de ces parcelles sera réservée aux primo-accédants… ».

Ouillade.eu : à propos du GICB, la cave coopérative du Groupement Inter-producteurs des vins Collioure Banyuls que vous venez de citer, où en est-on ?

Jean-Michel Solé : « Je vois très bien qu’à l’approche de l’échéance des municipales certains essaient de me faire porter le chapeau concernant les difficultés rencontrées par le GICB. C’est de bonne guerre, mais je n’ai rien à me reprocher et je suis prêt à répondre à toutes les questions, à toutes les légitimes interrogations que chacun peut se poser. Je rappelle que j’avais été élu président du GICB en juin 2004, que j’ai occupé cette fonction jusqu’en juin 2012, soit pendant huit années. Quand je suis arrivé, l’entreprise perdait 1,4 million d’euros, lorsque je suis parti le déficit n’était plus « que » de 300 000€, sachant qu’entre temps nous avons réalisé la construction de la cave du GICB au Mont-Ventous ; après avoir certes vendu « La Banyulencque » (pour 1,3 million d’€), la cave de l’Abbé Rous (800 000€) et Port-Vendres (700 000€).  Nous avons reçu une importante aide de l’Etat (5,2 millions d’€) pour la réalisation de ce projet. Quand j’ai pris les rennes de l’entreprise, la réalité s’est vite imposée à moi. Il a fallu mettre en place un plan de redressement qui a notamment abouti malheureusement à des licenciements. Par la suite, j’ai toujours été réélu pratiquement à l’unanimité, je n’ai jamais été mis en difficulté. On peut venir me chercher, j’ai tous les comptes en tête ! ».

Ouillade.eu : est-il exact que vous venez de racheter la cave du Domaine Mas Blanc à Jean-Michel Parcé ?

Jean-Michel Solé : « Ce n’est pas moi, c’est mon fils Jean, qui vit d’ailleurs avec la fille de Jean-Michel Parcé, Laura. Il a racheté la cave uniquement, et ni les vignes ni la maison. Parce qu’il est le fils du maire il n’aurait pas le droit de travailler, de se lancer ? Absurde ! Jean et Laura ont fondé leur domaine, « Pic Joan », en 2009 à partir de vignes familiales e créé leur cave avec au départ à peine un peu plus de deux hectares. Ils ont progressé, ils ont travaillé dur pour en arriver là, aujourd’hui c’est le début d’une autre aventure et c’est tant mieux. Je ne vois pas où est le mal dans cela ».

Ouillade.eu : pour conclure cet entretien, quel est le projet municipal qui vous tient à cœur ?

Jean-Michel Solé : « Celui du port, incontestablement. Les travaux commencent le 1er octobre. Avec l’équipe qui m’entoure, nous avons réussi à sortir ce projet de l’eau, si l’on peut s’exprimer ainsi, et surtout à apaiser la commune car c’est un projet qui divisait gravement la population au point d’en menacer la sérénité ambiante.

Le projet du port, c’est 10,2 millions d’€, payés sur le budget autonome du port. Pour près de la moitié, environ 5 millions d’€, il s’agit de subventions diverses obtenues auprès de l’Etat et de la Région ; je tiens d’ailleurs à les remercier du fonds du cœur car sans eux tout cela aurait été impossible. Le projet a pour ambition de requalifier et surtout de remettre en sécurité le site. A l’arrivée, seront créées 40 places pour porter la capacité d’accueil du port de Banyuls-sur-Mer à 390 places. Parmi les innovations spectaculaires : la création d’un cheminement tout en bois avec une multitude de passerelles d’accès, un port qui sera reconstruit autour de la biodiversité, avec sa nurserie à poissons par exemple ; pour cela la réflexion a été menée étroitement avec le laboratoire Arago, nous avons beaucoup travaillé ensemble ».

La Rédaction.

 

Le port de Banyuls-sur-Mer la nuit avec à droite le laboratoire Arago. Les travaux de requalification et de remise en sécurité du port commenceront le 1er octobre »