Honteux, scandaleux, hallucinant ! Quel est le maire d’Argelès-sur-Mer qui a osé donner le nom d’Alfons Miàs, idéologue catalaniste né à Amélie-les-Bains-Palalda en 1903, à une rue de la commune ?… sachant que ce dernier, mort assassiné à Barcelone en 1950, a livré aux nazis des juifs et des résistants !

 

Avant de nommer les rues de leur commune, certains maires seraient bien inspirés de faire appel à des historiens indépendants et au-dessus de tous soupçons, et non de se laisser bercer par des convictions personnelles, cela leur éviterait de commettre des bourdes historiques, pour le moins. L’histoire qui suit est à peine croyable.

Une Argelésienne décide de vendre sa maison de la Plage. L’affaire conclue, le temps de s’installer dans une autre vie ailleurs, elle aménage provisoirement rue Alfons Miàs (Alphonse Mias), du nom de l’idéologue et écrivain français, né à Palalda (commune d’Amélie-les-Bains) en 1903 et mort à Barcelone en 1950, considéré jusque là comme le père fondateur du catalanisme nord-catalan moderne. A ce titre, on peut lire sur Wikipédia « Qu’il dédia sa vie à la défense et à la promotion de la langue et la culture catalanes et lutta pour l’unité politique de la Catalogne (…) ». Il serait d’ailleurs l’inventeur du terme « Catalogne du nord » (Catalunya del nord) pour désigner les territoires catalans de France. Cela nous rassure enfin d’apprendre aujourd’hui que cette délimitation géographique n’est que pure invention, fruit de l’imagination d’un sal… !

Notre Argelésienne, curieuse de littérature, entre autre, décide en guise de passe-temps favori d’effectuer des recherches sur l’origine du personnage dont le nom a été attribué, avec tous les honneurs, à une rue de sa commune, qu’elle n’avait d’ailleurs jamais ni empruntée ni fréquentée jusqu’à sa location récente d’un logement de transition.

Elle y apprend, notamment sur la toile, que le dit Alfons Miàs, d’abord proche des idées du mouvement d’extrême droite l’Action française, s’est converti dès 1930 au catalanisme après avoir épousé une jeune et belle barcelonaise.

Poussant plus loin encore ses investigations intellectuelles, après des kilomètres de phrases dithyrambiques sur le personnage, soudain, elle découvre que « pendant la Seconde Guerre mondiale, Alfons Miàs a dénoncé des personnes en possession de fausses cartes d’identité, des juifs et des résistants qui seront ensuite déportées » !

D’ailleurs, in fine, Alfons Miàs est contraint de s’exiler à Barcelone – courage fuyons ! -, dans l’Espagne franquiste. En 1950, il meurt assassiné à Barcelone.

Pour l’anecdote, tandis que par ses agissements secrets de collabo (désormais connus de toutes et de tous) Alfons Miàs jetait des juifs et des résistants dans les mains des Allemands, il continuait d’occuper le poste de secrétaire de mairie à Amélie-les-Bains-Palalda et, surtout, était le rédacteur-en-chef (sources Wikipédia sur Internet) de la revue Nostra Terra, qui à l’époque réunissait de jeunes et brillants intellectuels tels que Jean Amade, Joseph-Sébastien Pons, Henri Guiter ou encore Pierre Ponsich. Connaissaient-ils la « double vie » de leur boss ? On peut légitimement s’interroger.

En tout cas, si sa transition d’hébergement devait s’éterniser, durer plus longtemps que prévu, notre Argelésienne envisage sérieusement de déménager d’une rue qui porte très officiellement le nom d’un bourreau… à moins que la Municipalité d’Argelès-sur-Mer décide enfin de débaptiser et rebaptiser cette rue qui fait vraiment tache sur les plans communaux.

 

L.M.