Nous reproduisons ci-dessous l’intégralité de l’intervention de Renaud BOISVERT, dans la soirée d’avant-hier jeudi 20 décembre 2018, en séance publique du Conseil municipal d’Argelès-sur-Mer…

 

« Chers collègues,

Le 23 mars 2014 nous avons tous été élus dès le premier tour conseillères et conseillers municipaux d’Argelès-sur-Mer.
Quatre listes étaient en présence.
Toutes sont ici dignement représentées.
Mais c’est celle menée par Pierre AYLAGAS qui l’a emporté avec plus de 57% des suffrages exprimés. Voilà pourquoi 24 d’entre nous sur 29 en sont issus.
Et que chacun de ces 24 compose à part égale la majorité élue à priori jusqu’en 2020.
Ce résultat a été possible certainement parce que chacun d’entre nous a quelques qualités mais aussi et surtout parce que Pierre AYLAGAS nous a conduit à ce résultat, trois fois pour les plus anciens d’entre nous. Comme le firent précédemment Gaston PAMS, cinq fois, puis Jean CARRèRE, trois fois.
Je n’évoque ici que les maires élus comme têtes de listes par les suffrages des Argelésiens.
L’addition de leurs compétences, de leurs rigueurs gestionnaires et de leurs proximités attentives pour tous ont convaincu les électeurs de notre commune qui leur ont témoigné leur confiance en votant pour eux à plusieurs reprises.

C’est pourquoi au constat du départ volontaire de Pierre AYLAGAS de son mandat de maire en mars 2016, que plusieurs d’entre nous ne lui demandait pas, si tôt en tout cas ; tous ceux qui composent la majorité municipale ont accepté la proposition de succession qu’il nous fit.
C’était une question de confiance vis à vis de Pierre AYLAGAS.

Depuis des événements judiciaires qui concernent l’un d’entre nous ont entraîné une perte de crédibilité de la nouvelle municipalité.
Je le regrette.
Devant l’évidence des difficultés avérées à partir d’avril 2018 à l’encontre de celui qu’il avait désigné, Pierre AYLAGAS a demandé à Antoine PARRA de démissionner du mandat de maire qu’il avait pensé pouvoir lui proposer en confiance.
Puis à nous tous d’en tirer les conséquences dans l’intérêt général d’Argelès-sur-Mer.
Autour du maire actuel plusieurs élus de la Majorité ont fait fi de cette demande.
Ils ont sans doute oublié que Pierre AYLAGAS leur avait fait confiance en les inscrivant sur la liste qu’il a conduite à la victoire électorale en 2014 .
Peu d’entre nous seraient ici élus sans lui.

D’emblée je souhaiterais dire que malgré le traitement personnel qui m’a été infligé depuis plus de deux ans, suppression de mes responsabilités et délégations précédentes à la gestion du port puis au camping municipal, je me suis appliqué à respecter le principe de la solidarité de vote dans la mesure où , comme nous tous dans la Majorité, nous nous y étions engagés en confiance auprès de notre tête de liste Pierre AYLAGAS.
Par ailleurs nous pouvions débattre entre nous, en bureau municipal, et faire part dans cette instance là, à huis clos, de nos points de vues respectifs.
J’en suis exclu depuis plus de six mois.
Dont acte.
Et malheureusement les faits jugés nouveaux sont là, têtus, et donc les choses ont changé.

La confiance des Argelésiens vis à vis des maires que j’ai cités, dont Pierre AYLAGAS, s’est en particulier appuyée sur la gestion raisonnable de l’argent public qui est confiée aux maires et aux conseils municipaux.
Elle repose sur deux piliers simples : respecter le programme écrit porté à la connaissance de tous les électeurs, et ne pas dépenser plus que ce qu’on a réellement.

Plusieurs engagements ont déjà été respectés depuis 2014, la liste sera faite en temps utile. D’autres réalisations prévues sont en gestation, comme par exemple les travaux de voirie des rues du quartier du Castell Maler, l’équipement de la commune en fibre optique, la construction de logements à prix modérés, l’implantation de locaux et d’une pépinière d’entreprises. La liste n’est pas exhaustive.
Quoi qu’il advienne tout ceci sera à porter au crédit des élus autour de Pierre AYLAGAS. Nous en sommes ensemble à l’origine et comptables.

Malheureusement, plusieurs engagements ne seront pas respectés. La liste sera aussi faite en temps utile.
Pourquoi ?
Parce qu’à leur place il a été substitué une série de travaux jamais validés, ni sur notre programme de 2014 approuvé par les Argelésiens, ni sous une autre forme démocratique par les Argelésiens.

Nous n’avons jamais écrit ou dit en 2014 que nous supprimerions toutes les places de parking sur la place Gambetta.
Nous avions simplement écrit : « Aménager après concertation le quartier Gambetta et les voies adjacentes ».
Aménager n’est pas tout supprimer.

Nous n’avons jamais écrit ou dit en 2014 que nous détruirions le stade du Marasquer pour le transformer en parking. Parce que supprimer un stade bonbonnière poumon vert proche des écoles et entouré de maisons et immeubles d’habitations, dont la quiétude et la valeur reposaient en partie sur la proximité du stade, près du centre ville, pour le remplacer par un parc de stockage et d’allées et venues de plus de 220 véhicules est malvenu.
Nous avions simplement écrit : « Rénover les équipements du stade du Marasquer ».

Sur ces deux points, Gambetta et Marasquer, je souhaiterais citer une phrase tirée de l’éditorial du dernier journal municipal Granotes : « Dans son élan notre Argelès en croissance reçoit le parking du Marasquer, qui préfigure un centre ville élargi. »

Je crois que ceux qui vivent dans le coeur du village souhaiteraient d’abord que leur bien être quotidien soit assuré. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui malgré la très bonne volonté des agents municipaux.
Je crois que ceux qui travaillent dans le coeur du village et qui ont du mal à boucler les fins de mois et ceux qui constatent que leurs chiffres d’affaires n’ont jamais été si faibles que cette année attendent autre chose.

Avant de penser à élargir le centre ville, il aurait été plus judicieux de commencer par rassurer et conforter l’existant.

Nous n’avions jamais écrit ou dit en 2014 que nous utiliserions le bassin de rétention de la Prade basse en le comblant et élevant son niveau pour y construire dessus un stade avec tribunes et pelouse en synthétique.
Parce que détruire plusieurs hectares du bassin de retention près du port et des maisons d’habitations situées à proximité, dont les propriétaires ont payé une partie de l’aménagement de ce bassin en herbe pour se protéger des inondations, est une erreur environnementale.
Sans compter que la disparition du grand pré qui servait de parking gratuit pour les visiteurs du port est navrante.

Nous n’avons jamais écrit ou dit que la commune achèterait un grand camping situé entre village et plage pour y faire construire cinq bâtiments représentant presque 3 000 m² au sol sans compter les voiries et places de stationnement à la place de 8 000 m² sablonneux.
Pourquoi ?
Parce que réduire les possibilités d’évacuation des eaux de pluie ou de ruissellement entre les rivières la Massane, l’Abat, le Priou et l’agouille d’en Salleres, le tout en zone urbanisée dans l’axe allant du stade du Marasquer que vous transformez en parking, au bassin naturel de rétention d’eau de la Prade basse, que vous transformez en stade synthétique avec 1 300 m² de surface au sol pour des tribunes et des vestiaires, peut entraîner un risque hydraulique fort.

Pour notre part nous avions écrit en 2014 : « Aménager une plaine de jeux pour la pratique des sports collectifs de plein air « . Mais avec plus d’espace et des aires simples et naturelles de grands jeux à proximité du lycée de préférence, le tout sur des terrains en friche non inondables.
Il n’en manque pas à Argelès-sur-Mer de : « Secteurs alternatifs de développement » comme l’a écrit au maire cet été à ce sujet monsieur le Préfet des Pyrénées-Orientales, en lui suggérant de les rechercher vers le nord ouest de la commune.

Il n’est pas interdit d’avoir de nouvelles idées en cours de mandat.
Encore faut-il qu’elles soient acceptables dans le budget prévu tout en réalisant d’abord le programme pour lequel nous nous sommes engagés devant nos concitoyens.
Un programme est un contrat. On ne devrait pas le rompre impunément.

Par ailleurs si l’idée nouvelle, comme c’est le cas de ce qui est mis en oeuvre en ce moment, prend une dimension d’aménagement et financière qui perturbe l’économie de la commune, il aurait du en être débattu très en amont. Avant même qu’aient été présentés plans et autres esquisses. La population d’Argelès aurait du être consultée.

Par exemple, il n’a jamais été question d’un stade à la Prade basse au cours des nombreuses réunions du projet Port quartier Port jardin qui associait en 2015 toutes les personnes concernées habitant ou travaillant à Port Argelès.
Pire, à ma connaissance, jamais un projet de stade à cet endroit là n’a été évoqué au cours des nombreuses réunions de préparation du Plan Local d’Urbanisme ou PLU que nous avons voté en avril 2017. Tant auprès des personnes publiques associées, c’est à dire tous les organismes publics concernés dont par exemple ceux de l’État, que dans la présentation qui nous a été faite en Conseil municipal.
Or, pour un projet de cet ordre c’est obligatoire.
Il en est de même pour la compatibilité obligatoire avec le Schéma de COhérence Territoriale ou SCOT qui s’impose au PLU. Un fort doute peut être émis.

Enfin, que penser du démarrage express des travaux de ce stade, il y a quelques mois, avec un permis de construire inexact qui a du être corrigé par un second en septembre 2018 ?

Et comment peut on engager des travaux sans attendre la conclusion des recours contre ces permis de construire successifs qui ont été déposés par beaucoup d’habitants de Port-Argelés ?
Il s’agit de millions d’euros d’argent public fruit de nos impôts qui sont en jeu.

En 1999, Jean CARRèRE avait considéré que pouvait être étudiée la possibilité d’un hypermarché à Argelès-sur-Mer plutôt que dans une commune voisine.
Il n’avait aucun problème de légitimité électorale puisqu’il venait d’être réélu maire pour la troisième fois en menant une liste qui avait frôlé les 70% au premier tour.
Mais il avait considéré que cette importante évolution pour la commune méritait un vrai débat public puisque rien à ce sujet n’avait été évoqué dans son programme électoral municipal.
Ce qui fut fait avec une consultation populaire après que chacun ait exposé pendant plusieurs semaines son point de vue. 63% des électeurs inscrits sur la liste électorale sont venus voter. Pour l’histoire, le score en faveur du oui à un hypermarché était proche de 65%.
Qui plus est il ne s’agissait pas d’argent public puisque ce type de commerce était financé par des fonds privées.
Mais Jean CARRèRE ne voulait pas tout, tout de suite et à tout prix.
Il agissait en maire responsable.

Tous les projets , sortis d’un chapeau depuis deux ans, représentent une somme qui sera au final largement supérieure à 5 millions d’euros.
Je n’y compte pas l’aménagement de l’avenue de la Libération que nous avions inclus dans notre programme.
Imaginez par exemple combien de rues et de trottoirs aurions-nous pu entretenir ou réhabiliter dans tout Argelès avec une somme pareille ?
Mais il est vrai qu’il ne s’agirait-là que d’améliorer le quotidien de nos concitoyens, sans esbroufe.

Tous ces travaux décidés sans approbation des électeurs ont un coût élevé.
Sans compter que leur coût dérape dans des proportions inquiétantes.
L’argent public affecté là n’ira pas ailleurs.

Parce qu’en même temps le niveau de la pression fiscale ne diminue pas dans notre commune.
Loin de là.
De 2016 à 2018 à Argelès-sur-Mer, la part communale de la taxe d’habitation a augmenté en réalité de 8,78% sur nos feuilles d’impôts individuelles. Dont 3,22% pour la seule année 2018.
Soit un rythme deux fois supérieur à celui de la Communauté de communes Albères-Côte Vermeille-Illibéris pour les mêmes logements la même année.
De 2016 à 2018, à Argelès-sur-Mer, la part communale de la taxe foncière sur le bâti a augmenté en réalité de 8,86% sur nos feuilles d’impôts individuelles. Dont 3,17% pour la seule année 2018.
Soit un rythme trois fois supérieur à celui de la Communauté de communes (CdC) pour les mêmes propriétés la même année.
Ça n’empêche pas la CdC d’ investir dans notre commune alors qu’elle est soumise aux mêmes contraintes budgétaires qu’Argelès-sur-Mer.
Et pourtant en trois ans nous avons accru sensiblement le nombre de logements et donc de foyers fiscaux, ce qui augmente automatiquement les recettes fiscales de la commune.
Si on intègre 2019, nous allons approcher 11% d’augmentation de pression fiscale communale des impôts locaux communaux à Argelès-sur-Mer en quatre ans !

Le résultat est que les sommes payées par les Argelésiens augmentent sans cesse alors que des prestations indispensables ne sont pas réalisées.
Parce que cet argent est utilisé pour réaliser des projets qui n’ont rien d’indispensable.

Rassurons-nous. Il y aura sûrement une annonce de ralentissement du taux des taxes communales que le maire proposera pour 2020.
On se demande bien pourquoi…

On pourrait décliner plusieurs curiosités des budgets qui sont soumis ce jour à nos votes.
J’en retiendrai trois.

La première concerne une dépense de 1 200 000 euros pour l’achat de « terrains bâtis » inscrite dans le budget principal.
S’agirait- il de la maison Hoyet rue du 14 juillet ?
Voilà une somme conséquente.
D’autant que non seulement elle dépasse de 17% l’estimation haute du service des Domaines, on pourrait avoir un doute sur la légalité de cette dépense ; mais que ne sont comptabilisés ni les frais d’acquisition, autour de 80 000 euros, ni les travaux, par exemple l’installation d’un ascenseur et la rénovation indispensables.
On peut estimer que le total achat plus travaux avoisinera 1 500 000 €, soit près de 14% de la recette annuelle des impôts de la commune.
J’observe aussi qu’aucune subvention ne semble accompagner ce projet déjà voté en Conseil municipal. C’est inquiétant.

Le rapprochement physique de policiers municipaux dans le village est devenu au fil de ces dernières années une impérieuse nécessité.
Ils pourraient bien sûr être installés là.
Or, il y a actuellement dans le centre du village historique, c’est à dire là où se concentrent des problèmes d’insécurité , des maisons à vendre assez vastes pour accueillir dans de bonnes conditions des services publics de proximité à des tarifs sans commune mesure avec le coût exhorbitant de ce que vous allez dépenser pour cette maison « Hoyet ».

La deuxième concerne le budget intitulé « budget primitif 2019 des lotissements « .
C’est original comme appelation.
C’est surtout pratique pour utiliser à un endroit des recettes payées par d’autres ailleurs.
D’autant que jusqu’à présent il ne semblait pas qu’un lotissement communal soit créé dans l’ancien camping du Stade. Aucun plan ou décision publique ne le fait apparaître.
Ce sont les propriétaires du lotissement de Taxo qui vont être contents de découvrir que le budget de leur lotissement constitué en grande partie de leurs apports financiers personnels va être utilisé à l’autre bout de la commune.

La troisième concerne le port.
Vous mettez régulièrement en avant l’obligation de refaire sans tarder la digue nord qui menace ruine et donc l’existence du port, en reprochant à votre prédécesseur de « n’avoir rien fait ».
Vous avez avancé ici une montant de travaux de 8 millions d’euros .
Pourquoi, puisque c’est urgent, rien n’apparaît dans ce budget ou ailleurs ?
La patate chaude si j’ose dire sera t’elle transmise à celles et ceux qui nous succéderont ?

Mais peut-être pense t’on reproduire en 2019 la curieuse opération comptable qui a consisté en 2018 à transférer 1 500 000 euros du budget autonome du port vers celui de la commune, qui manquait manifestement de moyens. Bien entendu cette somme a été réaffectée au port pour la présentation de son budget de 2019 .

En tout cas nous ne sommes pas certains que la situation financière de la commune sera aussi saine en 2020 pour les nouveaux élus municipaux qu’elle l’était lorsque Pierre AYLAGAS a transmis la responsabilité de maire en mars 2016.

Et en même temps depuis deux ans Argelès-sur-Mer ne s’inscrit dans quasiment aucun programme régional, national ou européen. Que ce soit le FEDER/FSE, INTERREG, le FEADER, le Plan littoral Méditerranée, le Plan Énergies renouvelables territoriales, le programme Bourgs centres, etc. Même le chantier de réfection de la goélette Miguel Caldentey semblerait nous échapper !
Nos collègues conseillers régionaux Cathy FLOUTTARD et Guy ESCLOPé parleraient de tout ça mieux que moi.
Heureusement que le Conseil municipal présidé par Pierre AYLAGAS avait mis en place le Fonds d’Intervention pour la Sauvegarde de l’Artisanat et du Commerce (le FISAC) et qu’il continue à s’appliquer à la Communauté de communes pour différents dossiers en faveur d’Argelès-sur-Mer.
Nous savons aussi que malgré les difficultés il fait le maximum pour que le siège du Parc naturel marin du Golfe du Lion qui est très convoité soit installé à Argelès-sur-Mer.
Et sommes-nous certains que notre commune s’inscrive dans une démarche départementale ?
Notre collègue conseillère départementale Marina PARRA-JOLY en parlerait bien mieux que moi.

Pourquoi Argelès-sur-Mer passe à côté de ces importants soutiens financiers et logistiques ?
Parce que d’une part aujourd’hui vous ne vous inscrivez plus en priorité dans la réalisation de notre contrat programme municipal de 2014.
Nos engagements ne seront pas tenus.
D’autre part il n’est collectivement dégagé aucune réflexion et perspective globale structurante de la commune proposée à nos interlocuteurs institutionnels.
Argelés sur mer s’efface pour les choix majeurs à venir.
Peut-être que les circonstances locales ne le permettent plus.

Plus que jamais dans la situation actuelle, nous devrions nous donner les moyens d’être exemplaires, et de mener une gestion raisonnable et compréhensible.
Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Mes chers collègues merci pour votre patience ».

 

Renaud BOISVERT.