Contraintes juridiques, pressions des écologistes, jungle administrative, peur de la réaction des minorités, l’air du temps, l’irrésistible envie de plaire à tout le monde, médiaphobie des réseaux sociaux, etc.-etc. : vous l’aurez remarqué autour de vous, chez vous, même dans la commune la plus petite du Roussillon, celle ou celui qui désormais consulte le plus n’est plus le médecin de campagne ou de ville, c’est l’élu !

 

Pour déplacer un arbre, tracer une piste cyclable, autoriser l’ouverture d’un commerce, l’exploitation du domaine public par un cafetier ou un restaurateur, baptiser un groupe scolaire, dénommer une rue, modifier un sens de circulation pour assurer la sécurité des habitants, faire payer une aire de stationnement : le maire s’abrite toujours derrière un prétexte, une échappatoire, souvent un faux-semblant, de plus en plus un faux-fuyant, quand carrément il n’érige pas ou n’invente pas lui-même un paravent, pour éviter de prendre une décision, tout simplement ses responsabilités, pour lesquelles il a pourtant été élu, parfois même confortablement (ré)élu !

A quand Monsieur le Maire devra-t-il consulter ses concitoyens pour demander la permission d’aller pisser, de passer à table, de se rendre à un spectacle, de changer d’automobile, de partir en vacances en plein été (lorsqu’il préside le Conseil Municipal d’une station balnéaire) ?… Tout cela est absurde. Mais Monsieur le Maire ne pourra alors s’en prendre qu’à lui. Car c’est bien à cause de son manque de courage, de ses errements actuels, qu’on en sera arrivé là.

Dans sa commune, Pia, où près d’un électeur sur deux vote pour la droite extrême, le maire Jérôme Palmade ne pensait certainement pas que l’organisation de sa consultation citoyenne pour savoir quel candidat à l’élection présidentielle il devrait parrainer, allait déboucher au final sur Fabien Roussel (PCF), Yannick Jadot (EELV) ou encore Anne Hidalgo (PS) et Christiane Taubira (DvG). Sérieusement. C’est ridicule.

Récemment, lors d’une conférence des maires qui se tenait dans l’amphithéâtre de la communauté Urbaine Perpignan-Méditerranée Métropole (PMM), qui rassemble trente-six communes autour de Perpignan, avec à l’ordre du jour le Contrat de relance et de transition écologique*, la question d’une consultation citoyenne a été posée… alors que les municipalités ont été mise en place il y a aujourd’hui encore moins de deux ans, et dans les conditions de crise (COVID-19) que chacun sait.

Armelle Revel-Fourcade (Les Républicains/ LR), maire de Le Soler et conseillère départementale de La Vallée de la Têt, qui a présenté ce projet de territoire avec Alain Dario, maire de Peyrestortes, soulignait « nous avons commencé à travailler depuis le mois de janvier 2021, nous avons consulté les communes par bassin de vie, toutes les directions de PMM, et nous avons également lancé une grande consultation citoyenne, du 15 septembre au 18 octobre 2021. Sur la base d’une enquête en ligne et d’une version papier, 1 400 personnes ont répondu aux 59 questions de priorisation (…) ».

S’agissant, par exemple, des « mobilités » au sens large, les citoyens qui ont participé à cette consultation ont fléché prioritairement : la réalisation de la Ligne ferroviaire à Grande Vitesse -LGV) Montpellier – Perpignan, en N°1, puis la réalisation de pistes cyclables, en N°2. Avait-on besoin de consulter l’opinion publique pour en arriver là ? Nos maires seraient-ils autant hors-sol sur leur propre territoire, seraient-ils si éloignés des réalités ?… Quelle perte de temps.

Souvenirs-souvenirs : à une époque, au sein de feu le Conseil Général des P-O, il y avait tellement de médecins et de pharmaciens qui siégeaient dans l’hémicycle départemental que le bruit courait que notre territoire devait être sacrément malade, pour avoir autant de professions médicales à son chevet administratif… Les temps n’auraient-ils donc pas changé ? Trente années de retard, de perdues.

Alain Dario et Armelle Revel-Fourcade ayant ouvert les débats, chacun y est allé de sa musique, de son refrain, rassurez-vous, pas de quoi entrer dans le hit-parade, à deux exceptions près cependant…

« Finalement, on peut se demander si c’était le moment de faire cette consultation, sans doute, mais les habitants, notamment de notre communauté, sont très préoccupés par le quotidien », a ainsi souligné Gilles Foxonet (Divers Droite/ DvD), maire de Baixas, vice-président de PMM. « De plus, au fur et à mesure des années, j’ai le sentiment que les gens sont beaucoup moins intéressés par des consultations. On a une frange de la population très faible, intéressée. Ils nous ont donné leur confiance, dans certaines communes à près de 70-80 %, il y a dix-huit mois, lors des élections municipales et communautaires, ce n’est pas pour qu’on leur demande leur avis. Donc je ne suis pas sûr qu’il y ait une réelle attente de leur part de leur demander leur avis sur le devenir ».

Et le maire de Baixas de poursuivre sur un vécu anecdotique : « Je prendrai un dernier exemple, j’ai reçu un couple hier. La discussion s’est portée sur les transports et le point a été très clair : quand est-ce que vous allez avoir une véritable politique de transport dans cette Communauté Urbaine par rapport à l’ensemble du Département ? Comment se fait-il qu’il y ait des bus de la Communauté Urbaine et des bus du Conseil Départemental, avec en plus des trains dans certaines communes ? Je ne suis donc pas sûr que ce type de consultation soit une attente de nos concitoyens ».

De son côté, Laurent Gauze (Divers Droite/ DvD), adjoint au maire de Rivesaltes, 2e vice-président de PMM – par ailleurs tout-nouveau président de la Chambre de Commerce et d’Industrie des P-O (CCI’66) -, et qui présidait les débats en l’absence du président Robert Vila (LR), maire de Saint-Estève et conseiller départemental du Ribéral, lui a emboîté le pas…

« …Par ailleurs, c’est vrai que, à titre tout à fait personnel, je rejoins un peu Gilles. Je pense que ce terme de consultation citoyenne, c’était un truc à la mode quand la situation économique allait bien. Aujourd’hui, la situation économique, ce n’est pas qu’elle aille mal, c’est qu’elle est quand même plus perturbée et elle attend des décideurs qui décident. Moi, je me défends, encore plus aujourd’hui, de faire de la politique, mais j’en ai fait, à un moment donné, dans un parti qui avait l’habitude de dire que le chef, il était là pour « cheffer » et qu’il était là pour décider. Je pense que l’on est élu pour faire. Et pour finir, à force de demander aux citoyens ce qu’on doit faire, de demander l’autorisation à l’Etat si on peut le faire, on devient des élus eunuques. Et ça, ça nous pend au nez depuis un moment. Nos concitoyens nous ont élus pour décider et, en période de crise, je pense que les habitants ont plus besoin de leaders qui les amènent quelque part, plutôt que de demandeurs qui demandent où est le chemin et l’Etat peut-être verrait que notre appréhension du quotidien est un peu différente ; c’est tout à fait personnel ».

Si, effectivement, et notamment face à des enjeux de société – et un projet territorial en est un, bien évidemment -, la mobilisation doit être collective, avoir le soutien du plus grand nombre, les minorités en revanche, quelles qu’elles soient et d’où qu’elles (pro)viennent, ne doivent pas venir perturber le cours de l’histoire, surtout quand le peuple s’est exprimé démocratiquement.

Les maires, acteurs de proximité, mis en place par la confiance de leurs concitoyens, confiance issue du suffrage universel, doivent prendre leurs responsabilités, toutes leurs responsabilités pour faire avancer des projets, sans s’engluer dans des pseudo-référendums. Ils sont les moteurs de notre développement. Ils ont été choisis parce qu’ils sont à même de : comprendre, analyser, expérimenter. Toutefois, un état d’esprit n’a jamais empêché de développer, réactiver, un esprit critique.

Mais à vouloir s’enliser dans des consultations tous les quatre matins, le département 66 en général, ses communes en particulier, sont souvent à la traîne, cumulant les handicaps – au niveau des transports, certes, mais aussi d’une carte sanitaire digne de ce nom, de l’absence d’une réelle politique en faveur du Tourisme… -, multipliant les occasions manquées. Dommage.

 

L.M.

 

*Sur une population de près de 290 000 habitants.