Le journaliste d’une chaîne d’info en continu qui s’étonne qu’il neige en Cerdagne-Capcir au mois de janvier… un autre d’une autre télé qui se place devant une route effacée sous les eaux (alors que derrière lui c’est un simple passage à gué)… un troisième qui légende son entretien avec un maire en l’affublant des nom et prénom de son prédécesseur… un quatrième qui nous promet une nuit d’enfer à cause d’un vent soufflant à plus de 90km/ h (pas de quoi concurrencer Dame Tramontane qui nous rend régulièrement visite)… d’autres journalistes qui confondent les Pyrénées-Orientales avec les Pyrénées-Atlantiques, qui nous situent un coup dans le Sud-Ouest un coup dans le Sud-Est (et bientôt en mer du Nord ?!)…

Et pendant ce temps-là, la tempête Gloria n’avait toujours pas franchi la chaîne des Pyrénées, ou alors tout juste « en queue de comète », causant sur la péninsule ibérique d’importants dégâts, de nombreuses victimes, des morts.

Et pendant ce temps-là, les chaînes d’info en continue (BFMTv, LCI, CNews, France Info…), épaulées désormais par les jités des chaînes généralistes (TF1, France2, France3…), poursuivent leur folle course effrénée « à celle qui déversera » le plus d’images sensationnelles pour mieux nous avertir sur une fin du monde annoncée, proche en tout cas, qui va rayer de la carte le Roussillon, avalé par Gloria, noyé sous la tempête.

Et pendant ce temps-là, quatre nuits durant, les habitants des P-O vont se coucher, voire se barricader, prier, envoyer des derniers sms à leurs proches à Montpellier, Toulouse, Paris et ailleurs, avec la peur au ventre, la crainte de ne plus se réveiller, ou de flotter en Méditerranée, propulsés en mer par des crues centenaires, millénaires… Certains médias irresponsables nous ont décrit des scènes apocalyptiques sur le littoral roussillonnais avec des murs d’eau de plusieurs étages.

Tout cela n’est vraiment pas sérieux. C’est le résultat lamentable et dangereux – car cela fait déjà deux fois qu’ils nous font le coup en à peine un trimestre – de la délirante et démentielle course à l’info des médias, entre chaînes d’info en continue et réseaux sociaux.

Alors OUI : la première ligne de maisons situées sur la plage du Racou (Argelès-sur-Mer) est régulièrement léchée par la mer, et cela se produit à chaque gros coup de houle portée par le vent d’Est. Cela hélas n’a rien d’exceptionnel. Les riverains ont déjà connu pire et cela se reproduira tant que les pouvoirs-publics ne se seront pas penchés sérieusement (et financièrement) sur la situation.

Alors OUI : les fleuves l’Agly et Le Tech et La Têt, ainsi que d’autres cours d’eau ont atteint des niveaux de hauteur parfois et par endroits spectaculaires, se montrant même menaçants à certains égards (en Salanque principalement). Il y a eu effectivement des dégâts, et non les moindres, chez des particuliers, dans des entreprises, on ne peut le nier. Cependant, on constatera que nombre de lieux inondés, la plupart même (tel le lycée Christian Bourquin d’Argelès-sur-Mer), l’ont été sous les eaux parce que construits… en zone inondable ! Gloria a bon dos… quand il y a de l’orage dans l’air !

Car est-ce réellement là, la cause, les conséquences de Gloria ? Ne faut-il pas chercher plutôt (surtout en Salanque et sur une grande partie de la Côte Catalane) du côté de la bétonisation à outrance – sans oublier certaines communes qui ne nettoient toujours pas les lits des rivières – d’anciennes terres agricoles ?…

Soyons positifs pour conclure provisoirement sur ce chapitre en félicitant les services de l’Etat, et plus particulièrement les actions menées par le préfet Philippe CHOPIN lequel a été en permanence sur le terrain tout le long de cet épisode climatique (qui au final n’aura rien eu de très exceptionnel).

L’information (et les conseils de prévention) délivrée quotidiennement au public par la Préfecture des P-O – via la presse ou facebook – a été elle réellement efficace, car juste et précise. Comme devraient l’être (au minimum) les journalistes.

L.M.