Suite à un entretien en date du 24 décembre 2009, et une visite à Alexandrie, en Egypte, en septembre 2010, le président du Conseil général des P-O d’alors, Christian Bourquin, désormais président de la Région Languedoc-Roussillon, avait accepté la participation de l’Assemblée départementale à un partenariat innovant entre, d’une part, l’Université de Perpignan « Via Domitia » et, d’autre part, l’Université internationale de la Francophonie « Senghor » d’Alexandrie, et pour la mise en place d’un co-diplôme sur Perpignan.
Ce projet, qui permet de proposer un échange unique avec une prestigieuse université considérée comme une sorte « d’ENA » de la francophonie africaine, se place naturellement sous l’égide de l’Organisation internationale de la Francophonie.
De l’avis des porteurs de cette initiative originale, « il s’agit là d’une excellente opportunité de développer un partenariat autour d’un diplôme de l’Université de Perpignan portant sur la Gouvernance des collectivités publiques et le développement ».
Lundi matin, c’est justement Christian Bourquin, en qualité désormais de vice-président du Conseil général des P-O, qui a défendu le projet, dans l’hémicycle départemental, lors de l’ouverture de la session publique présidée par Mme Hermeline Malherbe. Dans les rangs du public, étaient justement présents le recteur Albert Lourde, de l’Université « Senghor » d’Alexandrie, Jean Benkhelil, président de l’Université de Perpignan « Via Domitia »… ainsi que le Consul général adjoint de France à Alexandrie, M. Jean-François Fau.
L’Assemblée départementale, à l’issue d’un débat constructif, et par un vote, a décidé d’apporter son soutien à cette initiative.
Nommé depuis le 4 avril 2009 au poste de recteur de l’Université « Senghor » d’Alexandrie, université internationale de langue française pour le développement africain (UILFDA) – créée par le sommet des chefs d’Etat et de Gouvernement des pays ayant le français en partage, réunis à Dakar en mai 1989 – Albert Lourde avait effectué spécialement le déplacement à Perpignan… via Niamey, la capitale du Niger où il se trouvait encore le samedi 8 janvier dernier.

– Perpignan ne vous est pas une ville étrangère ?
– Albert Lourde : « Non. Natif de l’Ariège et ayant fait mes études à Toulouse, j’étais en poste à Perpignan depuis 1984. J’ai été vice-président de l’Université de Perpignan jusqu’en 2009. Entre, de 1995 à 2000, j’ai fait une partie de ma carrière en Asie, pour l’Organisation internationale de la Francophonie, notamment au Cambodge, au Laos et au Vietnam… ».
– Comment se présente l’Université « Senghor » d’Alexandrie ?
– Albert Lourde : « Alexandrie a été choisie comme siège de cette institution en raison de son passé prestigieux et de son rôle de pont entre les rives Nord et Sud de la Méditerranée, entre l’Orient et l’Occident. L’Université « Senghor » a pour vocation d’être l’université francophone internationale de 3e cycle chargée de former les ressources humaines pour le développement africain. C’est là ma principale tâche, ma mission. Des liens étroits existants déjà avec l’Université « Via Domitia » de Perpignan expliquent aussi ma présence aujourd’hui au Conseil général des Pyrénées-Orientales. Saviez-vous que Perpignan est la seule université française qui a des masters en Algérie ? Car plus personne n’y va en Algérie aujourd’hui. L’Université « Via Domitia » de Perpignan est la seule université de France qui forme à un master de Droit musulman. C’est politiquement très important à l’heure actuelle. Et le but de cette rencontre, aujourd’hui au Conseil général, c’est de renforcer nos liens, c’est d’associer l’Université de Perpignan à la coopération qu’a l’Université « Senghor » d’Alexandrie au Moyen-Orient. L’Université de Perpignan a formé beaucoup de gens. Elle a un rayonnement qui est certain, surtout en Afrique, car elle a des spécialités d’enseignement qui sont très recherchées, notamment dans le Maghreb. Cette faculté tournée vers l’Islam est, à mon avis, sous-utilisée.
« L’Université « Senghor » d’Alexandrie, c’est environ 300 étudiants sur place, in-situ, mais c’est aussi de nombreuses formations dans d’autres pays d’Afrique, jusqu’au Sahel et au Maghreb, soit quelque 3 000 étudiants au total qui sont directement concernés sur le continent africain… ».
– Est-ce là la raison de votre présence, la semaine dernière encore, au Niger ?
– Albert Lourde : « Oui. J’ai appris la prise d’otages des deux jeunes français en atterrissant samedi sur l’aéroport Charles-de-Gaulle à Paris. Le soir où ils ont été enlevés, je dînais dans un autre établissement avec l’ambassadeur de France à Niamey et son chauffeur. Nous discutions de la mise en place d’un master de Droit musulman à l’Université de Niamey. Nous étions à 200 mètres du bar « Le Toulousain » où la prise d’otages a eu lieu. Très sincèrement, nous aurions pu nous trouver à ce moment-là dans ce bar, car ayant fait toutes mes études à Toulouse c’est une enseigne où j’avais l’habitude de me rendre lorsque j’arrivais à Niamey. Ce soir là, je n’y suis pas allé car ce n’est pas moi qui invitais ».
– Comment avez-vous ressenti cet enlèvement, puis l’annonce de l’assassinat de Vincent Delory et Antoine de Léocou ?
– Albert Lourde : « Un choc. Un choc terrible parce que je vous le répète on ne pouvait pas s’y attendre. La capitale du Niger, Niamey, étant classée en « zone verte », c’est-à-dire en zone sécurisée, ou plutôt en secteur sans problème, personne ne pouvait imaginer un tel drame. Moi même, je me suis souvent promené dans Niamey seul. C’était inimaginable que de penser qu’on pouvait être, à Niamey, une cible pour de quelconque terroristes. Lorsque je dînais avec l’ambassadeur de France au Niger, nous étions accompagnés de son chauffeur. C’est tout ! Il n’avait pas de garde du corps et je suis certain qu’il n’a, jusqu’à aujourd’hui, jamais envisagé d’en avoir un…
« Cet islamisme radical, qui frappe aveuglément, est révoltant. Je vais régulièrement au Niger, car l’Université « Senghor » d’Alexandrie est justement au service du développement africain. Notre université ne forme pas des intellectuels, elle a vocation à former des gens qui vont exercer des responsabilités, des cadres. Il faut empêcher la progression de cet islamisme radical dans les esprits, et cela ne peut se faire que par l’enseignement. J’en suis convaincu. C’est devenu très important, essentiel, si j’osais je dirais même que c’est devenu vital, car à force de ne rien faire cela donne le drame de Niamey. La dégradation dans certains pays, sur certains territoires, est non seulement visible, sensible, mais elle est surtout terrible. En envoyant les militaires, avec la police, on traite les effets mais pas les causes. Il faut former, vite !, des spécialistes qui soient capables d’enseigner l’Islam, et non laisser la place à des fanatiques, à des ignares qui racontent n’importe quoi et qui le font de surcroît dangereusement. Il faut créer un « contre-feu intellectuel », c’est là une urgence politique ».