Aux premières heures du matin, pouvoir tartiner sa tranche de pain avec du beurre sorti du frigo et un soupçon de confiture d’abricots ou autre, quel plaisir surnaturel avons-nous envie de dire, dans ce monde où le temps est devenu une denrée rare, mais de plus en plus mal payée

 

Cette confiture, pour ceux qui ont encore cette chance, cuite par les soins de grand-mère, jusqu’au moment où la goutte tombe sur le bord de l’assiette sans dégouliner.

Le pain aux mille senteurs

Tout d’abord celle du boulanger, qui aura passé la nuit à pétrir, à caresser son pain en lui imprimant ainsi son savoir-faire et disons le, son amour du travail bien fait.
Ensuite, cette odeur si particulière du four qui est en train de refroidir comme s’il voulait dire :  » il est temps de prendre quelques heures de repos avant de recommencer mon travail pour vous apporter la joie de mon bon pain quotidien ».
Ensuite, ce brin de nostalgie remontant à l’adolescence, lorsque, par la porte de derrière, nous allions quémander le croissant ou le pain au chocolat.
Quelle complicité alors, avec les jeunes qui avaient passé la nuit à danser, à faire la fête et le boulanger qui lui, avait passé cette même nuit derrière ses fourneaux.
Et ce pain, pour les vendanges par exemple, ou au moment du déjeuner, pas sur l’herbe, mais presque, ou le jus de l’entrecôte cuite aux sarments de vigne, venait imprégner cette mie dont pas une miette ne tombait, ne serait-ce que pour le rouge-gorge venu demander sa part du festin.
Voilà, le temps écoulé ne se rattrape jamais ! Nous le savons tous !
Mais est-ce que nous n’avons pas le devoir, finalement au nom du « vivre ensemble » si cher dans les discours de certains, de tout faire et encore plus, pour que demain, lorsque l’heure de la retraite aura sonné pour notre boulanger, nos yeux puissent continuer de scintiller devant la belle fournée ?
Pensons également aussi à nos aînés, pour qui aller chercher le pain, est souvent le seul lien restant avec le voisin. Disons-le, avec la vie.
À méditer !

Joseph Jourda