L’écrivain s’est rendu samedi 18 janvier 2014 avec beaucoup d’émotion à Port-Bou (Espagne), en marge de la présentation de ses deux derniers romans au CML, « Je vais mieux » (Gallimard) et « La tête de l’emploi » (J’ai Lu), sur les traces de Walter Benjamin (1).
L‘écrivain foudroyé est un contemporain berlinois de Charlotte Salomon, une artiste allemande morte à Auschwitz en 1943, au coeur de son prochain roman à paraitre en septembre aux Editions Gallimard.
L’écrivain David Foenkinos a fait le déplacement à Port-Bou, en Espagne, hier en fin de journée, accompagné d’ André Bonet président du CML (Centre Méditerranéen de Littérature), et de Françoise Claverie, sa vice-présidente. L’écrivain a souhaité en effet se recueillir devant la tombe mémorial de Walter Benjamin et le monument que lui a consacré l’artiste Karavan. On sait que Benjamin est mort à 48 ans, qu’il a passé un peu plus de 12 heures de sa vie dans la ville de Port-Bou, mais la marque qu’’il a laissé reste encore indélébile. Walter Benjamin est le contemporain berlinois de Charlotte Salomon. Chacun connait sa mort tragique à Port-Bou le 26 septembre 1940, Benjamin assista aussi bien aux derniers instants du XIXème siècle, qu’’aux horreurs de la guerre qu’’il s’’agisse du nationalisme allemand ou de la barbarie nazie.
Toute sa vie durant, Walter Benjamin, en nourrissant sa pensée à la fois de marxisme et de judaïsme, de surréalisme et de messianisme, a tenté, durant de brefs éclairs, de saisir le sens de ces différentes rencontres avec la modernité.
Collectionneur d’étincelles
Dans son prochain livre, David Foenkinos lui rend hommage à travers notamment des passages évocateurs de son oeuvre. Walter Benjamin décrit son arrivée à Port-Bou en ces termes, à l’issue d’un parcours difficile, très raide et plein de pierres :  » Enfin, nous avons atteint le sommet. J’avais avancé et je me suis arrêtée pour regarder. Ce que j’ai vu m’a frappé à la suite d’une sorte d’hallucination: d’une façon inattendue je reviens à voir la mer de nouveau, d’un bleu foncé. Et là-bas, Port-Bou. »
C’est cette mer foncée et ces pierres arides de Port-Bou qu’a souhaité découvrir David Foenkinos qui vient de terminer l’’histoire Charlotte Salomon. Cela fait des années qu’il travaillait sur sa vie et son parcours de manière obsessionnelle. Il parle de Charlotte Salomon avec des étoiles dans les yeux : « Mon prochain livre, qui sortira dans quelque mois, sera sur une artiste allemande des années 30, qui s’’appelle Charlotte Salomon et qui me fascine depuis des années. C’’est assez difficile et je ne suis pas sûr qu’’il obtienne le même succès que la Délicatesse par exemple, mais ça n’’a pas d’’importance. C’’est un livre que j’a’i essayé d’’écrire plein de fois, sur une artiste inconnue des années 30 « .
Charlotte Salomon est l’auteur d’une oeuvre solitaire, singulière, composée de 1 325 gouaches réalisées entre 1940 et 1942. Elle a 23 ans. Elle ne sait pas encore qu’elle sera déportée à Auschwitz en 1943 et assassinée au lendemain de son arrivée. Elle ne le sait pas, mais ses mains le pressentent qui, fébrilement, remplissent la page de scènes familiales, de détails de la vie quotidienne, qui racontent et racontent encore, dessin après dessin, la rencontre des parents, les jours de l’enfance, le suicide de la mère, la passion pour la belle-mère dont le public applaudit la voix d’alto dans les cantates de Bach, l’initiation à la vie culturelle berlinoise…
La vison de Port-Bou la nuit, de son cimetière marin, et de la « présence » de Benjamin resteront de nouveaux « souvenirs » inoubliables pour ce collectionneur d’étincelles qu’est David Foenkinos.
L’auteur reviendra en octobre 2014 à Perpignan et Port-Bou lors de la sortie de son roman-évènement de la prochaine rentrée littéraire.
– Photo A.B : L’écrivain David Foenkinos aux côtés de Françoise Claverie, vice-présidente du CML devant la tombe mémorial de Walter Benjamin à Port-Bou
(1) A lire le livre de l’écrivain roussillonais  Jean-pierre Bonnel , « L’ultime chemin de Walter Benjamin » (Cap Béar Editions), dont David Boenkinos a pris connaissance avec beaucoup d’intérêt.