Laure Adler.

Laure Adler, journaliste, historienne et femme de lettres, est l’invitée du CML (Centre Méditerranéen de Littérature) et du Conseil général des Pyrénées-Orientales, vendredi 25 octobre à 16h  à la Maison de la Catalanité, à Perpignan, à l’occasion de la présentation de son roman Immortelles (Grasset)  et d’un hommage à Marguerite Duras en amont du centenaire la naissance (4 avril 2014) de l’auteur d’Un barrage contre le Pacifique.  

Laure Adler est l’’auteure d’’un récit, A ce soir (Gallimard), adapté au cinéma, et de plusieurs biographies qui furent des succès de librairie : Marguerite Duras (prix Femina de l’’essai Gallimard, 1998) ; Dans les pas de Hannah Arendt (Gallimard, 2005) ; L’’Insoumise Simone Weil (Actes Sud, 2008) ; et une biographie de Françoise Giroud, Françoise (Grasset, 2011). Immortelles est son premier roman.

L’’amitié, ce sentiment si précieux, peut nous conduire à un peu d’éternité. C’’est à cette célébration que souhaite nous faire assister Laure Adler dans son roman Immortelles (Grasset) . C’’est le récit des parcours de trois femmes, Judith, Suzanne et Florence, qui ont toutes, à différents moments de leurs vies respectives, rencontré la narratrice, l’ont marquée, influencée, façonnée dans ses choix de vie, affectifs, sociétaux. Judith a passé son enfance en Argentine, issue d’une famille d’’origine juive polonaise. Sa mère, Ethel, connaîtra la France durant la seconde guerre mondiale. Suzanne, marquée dès l’’enfance par l’’absence d’’un père parti, dit-il, installer des filiales pour le compte d’’une grande entreprise au Brésil, éprouve très tôt l’impératif de la recherche de la liberté ; elle se compare à Albertine, personnage de La Recherche du temps perdu. Elle est devenue « une fille murée ». Florence, pour sa part, cherche son salut dans les spectacles, dans le théâtre, art dont elle est éprise. Elle fréquente assidûment le festival d’’Avignon, assiste aux débordements du Living Theater, à la mise en cause de Jean Vilar par des contestataires.Ce qui lie la narratrice à ces trois femmes, ce sont des dettes culturelles, des influences : ainsi Suzanne fait-elle découvrir Les nourritures terrestres de Gide au cours de séance de lecture commune. Bien plus tard, c’’est Judith qui assiste avec la narratrice au séminaire de Lacan. Elles découvrent les cours de Julia Kristeva, de Benveniste, tandis que Suzanne qui a intégré l’’univers médical se passionne pour les patients de la clinique de La Borde, dirigée alors par le psychiatre Félix Guattari.

Ces femmes, chacune dans leur parcours, s’’apprennent à vivre, à aimer, à avorter pour ce qui concerne Judith. Elles rayonnent de leurs passions, telle l’’implication dans les actions humanitaires pour Suzanne. La fin du récit est amère ; l’’auteure avoue : « La faucheuse n’a pas été tendre avec notre génération. Pas de plan de vie, pas de désir particulier de rester en vie. Nous n’’y pensions même pas. Nous nous sentions immortelles ». On retiendra de ce roman cet hymne à l’’amitié, à la rencontre des autres, cet appel à « dormir le coeœur ouvert » comme le chantait Gilles Vigneault. Ce roman célèbre aussi l’’utopie, le pouvoir des idées et des personnes sur nos vies. Précieux rappel s’’il en fut.

L’hommage à Marguerite Duras

 

Marguerite Duras.

 

L’année 2014  sera l’année Marguerite Duras. Qui était-elle ? Longtemps réputée ardue, son œoeuvre conjugue cependant en sa prose prosaïsme et poésie ; elle combine intertextes littéraires et culture populaire, à la recherche d’’une esthétique où s’’accordent certains de ses enjeux politiques.

C’’est ainsi que la littérature comme territoire accueille chez Marguerite Duras l’’outside, l’’« écrire tout de suite », mais aussi l’’essai, issu de l’’entretien, et, dans l’’entre-deux du fictionnel et du vécu, l’’écriture des travaux et des jours au sein de la dyade formée par « l’’homme aux yeux rieurs » et « cette femme qui faisait des livres ». Alors traversée par une réflexion sur les rapports entre le masculin et le féminin, la rencontre remet en jeu la question de la différence sexuelle.

Experte en autobiographie, professionnelle de la confession,  Marguerite Duras a pris tant de masques et s’est tellement plu à brouiller les pistes que c’est presque une gageure de vouloir distinguer la vérité de la fiction. Ce qu’il y a dans les livres, disait-elle d’ailleurs, est plus véritable que ce que l’auteur a vécu.Fruit des relations amicales que Laure Adler eut avec elle pendant une douzaine d’années, et de patientes recherches, cette biographie, sans avoir la prétention de dire la vérité du personnage, tente cependant de démêler les différentes versions que Marguerite Duras a données de sa vie. Elle essaie d’éclairer les zones d’ombre que l’écrivain a mises en scène avec tant de talent : la relation avec l’Amant à la fin de l’enfance, son attitude pendant la guerre et la Libération, ses passions amoureuses, littéraires et politiques. Car la vie de Marguerite Duras fut aussi celle d’une enfant du siècle, d’une femme profondément engagée dans les combats de son temps.

Rencontre avec Laure Adler vendredi 25 octobre à 16h à la Maison de la catalanité, à l’invitation du CML et du Conseil général des P-O.

Dédicaces sur place avec la librairie Torcatis. CML infos : 04 68 51 10 101 –  www.prixmediterranee-cml.com