Le plus grand entonnoir du monde (3,5 mètres x 3,5 m), réalisé par l'artiste MA2F, trône à l'entrée du Palais des congrès de Perpignan, à l'extérieur. Il est donc, lui, parfaitement visible. Et en cours de validation pour l'édition 2011 du Guinness Book.

– « MA2F, entonnoir # 2, du sexe au genre… » : ce devait être soi-disant l’exposition de l’été, à Perpignan. En tout cas, c’est ainsi que les décideurs municipaux à l’origine l’avaient présenté, préface et prologue du catalogue à l’appui…
Jean-Mac Pujol (UMP), maire de Perpignan, l’avait écrit et clamé en personne : « Dans la perspective de l’ouverture du Grand Rigaud, l’ambition plastique de Perpignan s’affirme selon deux axes : les expositions à caractère local ou patrimonial, dans lesquelles s’inscrit l’exposition « La Belle Epoque des Bardou » et les expositions consacrées aux créateurs d’aujourd’hui qui ont pour mission d’investir la ville, comme l’exposition multi-sites à laquelle nous convie Marc-André 2 Figueres autour du thème de l’entonnoir (…). Enigmatiques et triviaux à la fois, les entonnoirs de Marc-André 2 Figueres interrogent et interpellent le spectateur, le scrutent au coeur de son identité. Ils perturbent et bousculent. N’est-ce pas justement la fonction de l’art et la condition même de l’évolution ? ».
Puis Maurice Halimi, adjoint au maire de Perpignan délégué à la Culture, en avait mis une couche supplémentaire, à son tour. Et à sa manière : « Marc-André poursuit ses recherches plastiques et symboliques sur le sexe et le genre autour de la figure bisexuée de l’entonnoir qu’il représente sous des formes et des formats infiniment divers (…) ».
Marie Costa, directrice de la Culture à la Ville de Perpignan, encore et toujours : « Depuis sa célèbre théorie érotique du clocher de Collioure, MA2F n’en finit plus d’explorer la dualité en toutes choses pour en débusquer les différents niveaux de lecture (…) ».
« Errance ludique » ou « piano de l’identité » pour les uns, « césure incertaine » pour d’autres, bref cette exposition avait – aux yeux de tous – toutes les qualités pour être « LE » rafraîchissement intellectuel de l’été 2011, au gré de l’imagination exclusive d’un Marc-André 2 Figueres au mieux de sa forme, de sa mémoire, de sa vision avant-gardiste, de sa singularité, au mieux de ses ondées passées. Toute la ville allait être mise sous un entonnoir géant, en quelque sorte, comme on met le fromage sous une cloche et la Banque de France sous vidéo-surveillance… L’événement annoncé était incontestablement Majeur, car il dévoilait des trésors contenus dans un entonnoir sorti tout droit d’un imaginaire insolent de clichés et de créativité. Même la presse semblait avoir flairé les chefs-d’oeuvre à découvrir, puisque de L’Indépendant jusqu’à, la semaine dernière encore, France Info, tout le monde, ou presque, en parlait, en avait parlé et continuait d’en parler.
Autant d’entonnoirs, autant de délires, autant de raisons d’être optimiste… Bref, là aussi, du grand MA2F qui allait réveiller, culturellement s’entend, la Belle Endormie qu’est Perpignan à cause d’un fonctionnement quelquefois (in)digne des « Copains d’Abord ».
Cette « expo de l’été » de MA2F on en avait tellement parlé, on l’avait tellement voulue, révélée, « piedestalisée », que le public a commencé à affluer, à bouger, pour venir immortaliser à coups de « smartphones » et de Nikkon-Leica (Le temps de Visa pour l’Image approche à grands pas) ce grand-rendez-vous culturel estival. Mais voilà, le résultat, qui aurait pu – enfin – positionner, voire imposer Perpignan sur le parcours culturel de l’été, entre Avignon et Vaison-la-Romaine (par ordre alphabétique et non géographique), entre Arles et Peralada, est loin d’avoir la saveur raffinée et originale d’un gaspacho… Une fois n’est pas coutume, la cohabitation « Ville de Perpignan/ milieux artistiques » ne fait pas bon ménage. Loin s’en faut, en l’occurrence.
Car si tout semblait avoir été prévu pour justement faire de cette itinérance ludique dans la « Fidelissima » l’occasion de célébrer aussi un certain savoir-faire ancestral local (l’utilisation de l’entonnoir en bout de course pas nos paysans érigeant les murettes des vignes…), un « imprévu » de taille est venu nous rappeler à la dure réalité d’une organisation « Made in aqui » ; à savoir que le faire-savoir n’est pas le fort des communicants de la Ville… Car, en effet, comment prétendre vouloir inscrire une expo dans la saison estivale, dépenser du fric pour en assurer la promotion et faire saliver tous les décideurs du cru ?… en installant la dite « expo de l’été » dans un lieu – le Palais des congrès Georges-Pompidou – qui ferme du 1er au 22 août ! C’est pure folie, c’est surtout nul.
En dépit de son talent, de sa gentillesse, en dépit de ses fantaisies plastiques en tous genres qui ont séduit nombre de collectionneurs et mécènes en Europe, en dépit de ses créations cocasses, de ses idées, de ses histoires rocambolesques, MA2F (que nous n’avons pu joindre) était sans doute loin, très loin d’imaginer, un pareil fiasco « à la sauce perpignanaise ».
Pourtant, dès le départ de cette aventure-en-Roussillon, il aurait dû se méfier. Car il y a eu quelques signes avant-coureurs… Par exemple – et tout cela est véridique – le bristol annonçant le vernissage de ladite expo mentionnait la date du samedi 30 juin 2011, à 18 h. Or, le samedi 30 juin 2011 n’a jamais existé, puisque cette année le 30 juin tombait… un jeudi ! De plus, le vernissage ne pouvait se tenir ce jour-là puisque, le 30 juin 2011, à 18 h, il y avait un conseil municipal à Perpignan. Incroyable, mais vrai ! Il a fallu tout déplacer, réimprimer plusieurs centaines de cartons d’invitation (au frais du contribuable et pas de l’été !). Mine de rien. Bizarre-bizarre, non ?
Certain(e)s passeront, jusqu’au 22 août 2011 en tout cas, devant le Palais des Congrès de Perpignan, sans connaître la face cachée de l’entonnoir selon Saint-MA2F ! C’est bien regrettable, artistiquement parlant.

Le Palais des Congrès au mois d'Août