C’est par une proposition offerte par la CCAS (activités sociales de l’énergie), que devait commencer la deuxième journée du festival. Mariant burlesque et poésie, « Tleta » est un émouvant récit sur l’histoire d’une famille maghrébine au 20ème siècle.

Djamel AFNAÏ, l’auteur, metteur en scène, comédien, raconte la vie de sa famille à peine romancée. Les lieux scéniques choisis aidant, un plongeon dans une actualité qui souvent fait mal au gens de progrès, situés loin du politiquement correct, du conformisme ravageur..

Un spectacle sur trois périodes, à trois voix

Ainsi, nous allons à la rencontre du grand-père, un berger kabyle, du fils et du petit-fils. Chacun apportant son lot de misère. Le premier a servi la France durant la grande guerre. Le fils a construit les autoroutes et les HLM et le petit-fils, pour qui, « les silences de l’enfance, sont devenus bruyants aujourd’hui ».
Un trait semble dominer dans les trois générations successives, celui du fatalisme. Dans le même temps, transpire dans cette œuvre, l’aspiration à une autre vie, un autre avenir que celui réservé aux migrants.
Pourtant, « parlant au nom des pères qui se sont tus » une vérité émerge avec force. Celle de reconnaître la participation des immigrés au développement économique et à la grandeur de notre pays qui les oublie trop souvent.
Djamel AFNAÏ le comédien, montre également avec une rare intensité, que le migrant est un homme de deux pays. Partagé entre ici et là-bas, qui ne se sent véritablement un homme que pendant les vacances passées dans son pays d’origine. Pour être clair, le mal des racines que l’on a peur de perdre au détriment de la construction de tout homme. Le rôle de la femme est également abordé. Elle est montrée comme la référence à consulter avant toute décision importante, mais qui, elle aussi, tergiverse pour les prendre tant l’incertitude du lendemain est grande.

Le sac Tati, emblème de l’immigré

Débarquant avec la caravane aux couleurs Vichy du célèbre sac Tati, les lieux scéniques choisis ne font que renfoncer la poésie du spectacle. L’arrivée à l’allée des tilleuls, renforce l’idée d’apaisement tant elle est appréciée pour son calme. La promenade des platanes, est un centre de vie ou se côtoient quotidiennement, ceux qui recherchent la fraîcheur, en cette période estivale, la rencontre avec l’autre. Elle est également le lieu festif par excellence. C’est d’ailleurs l’endroit choisi pour terminer le spectacle avec le thé offert par la compagnie.
Si « Tleta » est la première œuvre de sa propre compagnie, « La peau rouge », Djamel a mis en scène un autre spectacle : « Big Shoot ». Gageons que ce dernier doit également porter à la réflexion pour le bonheur de tous.
Dans notre village d’Estagel, ou les idées extrémistes de droite sont majoritaires aujourd’hui, un récit à voir et à revoir. Ne nous en privons pas. C’est de cela dont la culture au sens large du terme est porteuse : la résistance face aux extrémismes. Ainsi, sommes nous inspirés par « Tleta ».

Joseph JOURDA.