Dans les toilettes du Café Sola de Laurent Puigsarbé, une remarquable expo permanente signée de l’artiste toulousain Philippe Laborderie, dit « Fifi de Collioure ».

Collioure, la Perle de la Côte Vermeille, le petit port catalan, célèbre par son cadre environnemental, pour ses maisons de pêcheur, son clocher bien sûr les pieds dans l’eau, son Château (royal !)… Célèbre surtout pour les peintres de renom qui s’y sont succédé : Derain, Duffy, Matisse, Hanicotte… Certains n’ont fait que passer, d’autres y ont séjourné le temps d’un ou plusieurs étés, d’autres encore y ont carrément vécu, posant dans les rues de Collioure et aux terrasses de ses cafés les empreintes du « fauvisme », dont les traces irriguent les Albères et, au-delà, le Vallespir jusqu’à Céret.

A propos du courant pictural le « fauvisme », c’est ici que Henri Matisse écrivit : « La peinture fauve ce n’est pas tout, mais c’est le fondement de tout », après avoir peint la plage du Voramar et ses barques catalanes alignées à l’ombre du clocher.

Des décennies plus tard, plus loin, de nombreux sites colliourencs, qu’ils soient publics, privés ou commerciaux entretiennent cette mémoire artistique. C’est ainsi que, dans certains établissements, restaurants et hôtels, nombre de lieux d’aisance sont d’authentiques lieux d’exposition avec, accrochés aux murs, au-dessus de la cuvette ou du lave-main, des tableaux qui perpétuent ce Collioure dont Jojo Pous, de l’ Hostellerie des Templiers, disait « il n’est que couleur et lumière (…). A Collioure, la couleur et la lumière vous prennent dès le lever du soleil sur la mer. Ce rouge intense s’élargit, se reflète dans cette mer d’un bleu « Prusse » comme nous le disait Augustin Hanicotte lorsqu’il nous apprenait à voir la mer, les vignes, les arbres (…). Ce bleu se retrouve aussi dans le ciel et les tenues bleu de Chine des pêcheurs. Ce rouge des toits des maisons qui égaie les barques aux mille couleurs (…) ». In le livre Couleurs de Collioure (Ed. Impressions du sud/ Equinoxe), co-écrit par Jojo Pous avec le talentueux photographe Michel Descossy.

Et quant on connait le nombre de personnes qui, en été, à Collioure, fréquentent les toilettes d’établissements comme le Café Sola, on se dit que pour un artiste en quête de notoriété et de popularité, il faut – pour être vu – mieux être présent dans des WC que dans un musée !