« Une mission a été lancée par la Commission des Affaires économiques en fin d’année dernière avec l’objectif de présenter un état des lieux du tourisme de montagne et d’analyser les stratégies d’adaptation des territoires aux enjeux du changement climatique. Nous avons souhaité déterminer quelles étaient les conséquences du changement climatique, comment il se combinait avec d’autres facteurs d’évolution et comment construire le tourisme de demain afin qu’il soit équilibré, tout à la fois source d’attractivité mais aussi respectueux de l’environnement

 

 

Les conséquences du changement climatique en montagne sont une évidence : les glaciers reculent, le manteau neigeux diminue et l’enneigement des stations de ski est, le plus souvent, à la fois moins important et plus variable. Selon le consortium ClimSnow, depuis les années 1970, la réduction de l’enneigement a déjà atteint un mois à moyenne et basse altitude.
Les impacts concernent l’ensemble des écosystèmes de la montagne : la biodiversité est également atteinte, avec notamment, une modification de la flore et de la faune. Les activités humaines sont aussi touchées : un exemple très concret est la modification des dates de montée et de descente en alpage des troupeaux. Les infrastructures comme les routes deviennent plus fragiles.
Le changement climatique va aussi accroître la pression sur les ressources naturelles et une des problématique majeure est le risque d’augmentation des conflits d’usage. La ressource en eau est particulièrement concernée puisqu’elle est utilisée non seulement pour l’agriculture, mais aussi pour la production d’électricité, de neige de culture et les besoins en eau potable.
Si le changement climatique concerne tous les territoires de montagne, tous ne sont pas affectés de la même manière, en fonction de leurs caractéristiques topographiques et de leur modèle économique.
Il est donc fondamental que chaque commune ou station définisse précisément les impacts du réchauffement sur son territoire et qu’il soit établit, pour chacune, un diagnostic de la fiabilité de son enneigement à moyen et long termes.
Ces diagnostics, basés sur des données scientifiques, sont de véritables outils afin de prendre la bonne décision en matière de stratégie économique. Les stations l’ont bien compris car plusieurs centaines d’études ont déjà été réalisées en France.
Aujourd’hui, le changement climatique remet en question une offre touristique très liée au ski, qui représente 82% du chiffre d’affaires de la montagne. Le ski est le moteur fondamental de l’économie en montagne et une alternative aussi rentable est encore difficile à trouver.
La France se hisse dans le top 3 des destinations mondiales de ski, forte de ses 350 stations et de ses 8 000 Km de pistes. De cette activité touristique dépendent de nombreux emplois : 120 000 emplois induits en station et 250 000 emplois en plaine et en vallée, souvent non délocalisables. Le travail en montagne se caractérise par la saisonnalité et la pluriactivité. Il est clair que ce tourisme du « tout ski » ne pourra se maintenir dans toutes les stations.
Les conséquences du changement climatique sur les territoires de montagne nécessitent donc d’adapter les politiques de développement touristique et cette adaptation concerne tous les territoires à plus ou moins brèves échéances. C’est d’autant plus nécessaire que le tourisme façonne aussi l’aménagement et la vie de ces territoires.
C’est dans ce contexte que le développement d’un tourisme plus diversifié et praticable en toute saison doit s’inscrire. Dans cette optique, il est important d’assurer une adaptation des compétences en amont aux nouveaux métiers mais aussi de revaloriser le statut du pluriactif. La diversification et l’atténuation de la saisonnalité des activités touristiques en montagne répond aussi à de nouvelles attentes de la part des touristes. Plus attentifs à leur empreinte environnementale, ils se tournent vers l’écotourisme ou le slow tourisme. Ils sont aussi en recherche d’authenticité, à la redécouverte des terroirs et des savoir-faire. Or la montagne est très bien placée pour répondre à de telles attentes.
Le renouvellement de l’offre touristique doit se faire dans le respect des caractéristiques propres à chaque territoire pour avoir du sens. C’est tout l’objet du Plan Avenir Montagne. Il a pour objectif d’accompagner les territoires dans leur transition vers un tourisme plus durable. Il comprend un volet ingénierie de 31 millions d’euros qui permet à un territoire d’être accompagné par un chef de projet pendant 2 ans. Il comprend aussi un volet investissement de 300 millions d’euros, financés à parts égales entre Etat et Région. Les acteurs saluent tous la mise en place de ce Plan. Cela plaide pour sa pérennisation, en renforçant d’autant plus le volet ingénierie qui est au service des territoires, sans imposer de logique préconçue.
Nos différents massifs n’ont d’ailleurs pas attendu pour amorcer leur mutation. Les initiatives se multiplient et le champ des possibles est important. La montée en gamme de l’offre de services, en particulier de l’hébergement, sera indispensable pour réussir à attirer de nouvelles clientèle dans le massif pyrénéen. La mobilité est aussi un sujet particulièrement important. Dans les Pyrénées, le soutien au train de nuit demeure fondamental. Le transport des scolaires en journée ou en séjour scolaire à la montagne mérite également d’être soutenu.
La montagne ne cesse d’attirer de nouveaux visiteurs, notamment l’été, et il faut s’en féliciter. Toutefois cela nécessite une gestion attentive des problématiques de fréquentation afin d’en limiter les conséquences négatives. Des outils précis de quantification des flux doivent être mis en place dans les massifs afin de proposer des stratégies de gestion de la fréquentation incitatives et d’éviter les conflits d’usage notamment entre tourisme et pastoralisme. A l’origine des conflits, il y a souvent une méconnaissance des bons gestes à adopter et des « codes » de la montagne. La diversification des activités peut accroître ces problématiques d’où l’importance du sujet de l’éducation à la montagne qui doit se faire dès le plus jeune âge. Il faut un soutien accru aux classes de neige et aux accueils collectifs de mineurs et lever les freins qui peuvent parfois exister pour engager des voyages scolaires en montagne.
Toutes les instances de concertation doivent être mobilisées pour réfléchir à la montagne de demain. Le Plan Avenir Montagne permet d’y contribuer fortement. C’est de là que viendront des solutions partagées qui permettront d’entraîner l’ensemble des acteurs dans un projet commun.
Il n’y a pas de solution unique pour bâtir le tourisme de montagne de demain. La bonne stratégie sera toujours celle qui vient du terrain, de l’échelon local. Il faut donc des politiques différenciées en fonction des territoires et fondées sur le dialogue entre tous les acteurs. Chaque massif, chaque commune de montagne dispose de ses caractéristiques propres et il faut en tenir compte dans les politiques touristiques mises en place. De plus, le maintien d’un dialogue apaisé entre toutes les parties prenantes d’un territoire est fondamental afin de construire un tourisme adapté à chaque territoire.

 

Laurence Gayte
Députée (LaREM) des Pyrénées-Orientales
Vice-présidente du groupe d’études Valorisation des activités touristiques