En 2010, cinq tableaux sont dérobés au Musée d’Art moderne de la ville de Paris. Le monde de l’art est sous le choc. Aujourd’hui encore, personne ne sait ce que sont devenues ces toiles… Personne, sauf Paul Mazar, le narrateur qui tombe sur deux toiles découpées abandonnées dans une poubelle d’une ruelle parisienne. Ce jeune homme passionné de peinture réalise avec stupeur qu’il vient de retrouver deux des cinq tableaux volés : La Pastorale d’Henri Matisse et l’Olivier à l’Estaque de Georges Braque. Que faire ? Dans le même temps, Paul rencontre Anna qui vient d’être nommée attachée à la conservation du musée cambriolé. Malgré les doutes du narrateur quant aux intentions réelles de la jeune femme, des sentiments vont éclore.

Exploration minutieuse du psychisme du narrateur, La Pastorale retrouvée est une flânerie érudite sur les chemins de la peinture moderne. L’histoire haletante met en scène l’imaginaire et interroge les fonctions de l’art dans nos vies.  De Paris à Collioure, en passant par l’Italie et la Bretagne, le cheminement initiatique du narrateur, entre nature et culture, est rythmé par des rencontres déterminantes avec des artistes tant réels que fictionnels…

 

Historien de l’art, essayiste et curateur d’exposition, Romain Arazm publie aux éditions des Presses littéraires son premier roman. À la confluence de la littérature, de la philosophie et des arts, ce jeune auteur porte sur le monde un regard émerveillé.

 

 

L’INTERVIEW

Romain Arazm

-Quel itinéraire vous a conduit à écrire ce roman ?

« Je dirais qu’il a été à la fois très logique et plutôt méandreux. J’ai fait des études assez longues dans le Journalisme, l’Histoire de l’art et la Philosophie. Mais avant toutes choses, je suis un lecteur. Les grands auteurs m’accompagnent depuis l’adolescence. Parfois même, jusqu’à l’excès. Je me suis mis à écrire des textes par-ci par-là et puis en 2018 un premier essai sur Hermann Hesse, publié chez l’Harmattan (ndlr. A l’ombre d e s a r b r e s d e M o n t a g n ola ). Parce qu’elle m’apparaissait comme un long dialogue avec soi-même, l’écriture d’un roman m’a toujours beaucoup attiré ».

-Pourquoi ce titre « La Pastorale retrouvée » ?

« Il est polysémique. La Pastorale est un tableau qu’Henri Matisse a peint lors de son premier voyage à Collioure en 1905. Il fait partie des œuvres qui ont été dérobées au Musée d’art moderne de la ville de Paris en mai 2010. Paul Mazar, le narrateur, le retrouve par hasard dans une petite rue dans le IIIe arrondissement. Toute l’histoire s’articule autour de cette découverte. Mais la pastorale est également un genre pictural et littéraire très en vogue aux XVIIe et XVIIIe siècle. C’est l’idée d’une relation apaisée entre l’homme et la nature. L’utopie arcadienne et les poètes antiques ne sont pas très loin. La trajectoire de mon narrateur part de la ville pour s’achève en pleine nature. La pastorale peut être allégorique. Je la perçois comme une sorte d’espace mental que notre imaginaire peut façonner pour mettre de la distance entre soi et le réel. La Pastorale est donc retrouvée à plus d’un titre… ».

-Qu’est-ce que cette histoire raconte de vous ?

« Beaucoup j’imagine. On dit souvent que le premier roman est celui où l’auteur se raconte le plus. Dans mon cas, c’est tout à fait vrai. Le nom de famille du narrateur est l’anagramme du mien. Sans être complètement un double, il est une sorte d’avatar : trentenaire, parisien, bibliovore et passionné par la peinture. Mais il n’y a pas seulement des évocations de mon parcours professionnel ou intellectuel, il y a aussi des références à ma vie sentimentale, aux « intermittences du cœur » comme l’aurait dit Marcel Proust ».

-Vous citez Proust. On le retrouve à plusieurs occurrences dans La Pastorale retrouvée , soit par le biais de références directes soit avec des allusions ou même des jeux de mots ou des clins d’œil. Quelle relation entretenez-vous avec cet auteur ?

« La Recherche a probablement été le livre qui a eu – et continue à avoir – le plus d’influence sur ma façon de voir le monde. Un peu comme une Bible, il m’arrive de l’ouvrir au hasard et d’en lire quelques pages. Sa densité est telle qu’à chaque lecture il y a des choses nouvelles à découvrir. Ce monde qu’un écrivain alité est parvenu à bâtir me fascine. Si je devais retenir une seule idée, ce serait probablement la capacité de l’imaginaire à recouvrir le réel, mais aussi à l’enrichir, à en épaissir sa consistance ».

-Le cambriolage sur lequel vous revenez dans votre roman remonte à dix ans. Que sait-on aujourd’hui exactement à propos de ce vol au musée d’art moderne ? Qu’en est-il des œuvres volées ?

« En fait, le mystère reste entier. Le voleur et ses complices ont été arrêtés en 2011 et jugés en 2017. Ils ont été condamnés à des peines de prison ferme (7 et 8 ans). Yonathan Birn, un bijoutier de la rue Portefoin, est la dernière personne à les avoir eus entre ses mains. Il a déclaré aux enquêteurs et pendant son procès les avoir détruits et jetés à la poubelle. L’histoire que je raconte s’enracine donc de façon minutieuse dans la chronologie des faits. Peut-être qu’un jour, les œuvres réapparaitront… Je l’espère en tout cas ! ».

-L’information a une place importante dans votre roman. Doit-on y voir une influence de vos expériences dans le journalisme ?

« Sans doute. J’ai un rapport assez ambigu à l’actualité. Je pense que j’adore la détester. Et puis il y a actualité et actualité… Je suis plutôt critique vis-àvis du tournant divertissant et sensationnaliste que l’information semble avoir pris depuis une dizaine d’années. Le breaking news prend trop d’importance. Cela participe à hypertrophier le présent. Je préfère le temps long, du mensuel voire du trimestriel ».

-Une ambiguïté que l’on retrouve lorsque vous parlez des musées dans La Pastorale retrouvée …

« C’est vrai. Paul Mazar dit qu’ils incarnent de véritables refuges pour lui. Je pense la même chose. En dix ans à Paris, je n’ai pas dû passer une semaine sans y aller au moins deux fois. J’y vais parfois – la aussi comme le narrateur – juste pour voir quatre ou cinq œuvres. Mais leur fréquentation par le tourisme de masse ne me semble pas aller dans le bon sens. Ça pousse les professionnels des musées à vouloir s’adresser à eux. Je crains, à terme, une baisse qualitative de l’offre et une généralisation des expositions blockbusters. Par ailleurs, je sais que la pression financière est réelle… ».

-S’il y a plusieurs cadres à l’histoire (Bretagne, Collioure, Italie…), Paris est particulièrement bien mis en valeur. Qu’est-ce que cette ville représente-telle à vos yeux ?

« La beauté. Après plus de dix années passées à Paris, je n’en reviens toujours pas de sa beauté. Malgré le discours chagrin que j’entends ici ou là, je trouve que l’offre culturelle y est d’une densité unique dans le monde. Ce doit être, avec peut être l’Italie bien sûr, l’un des rares endroits à pouvoir à ce point étancher ma soif esthétique ».

-La peinture peut être considéré comme le thème principal du roman. Quelle place occupe-t-elle dans votre vie ?

« Une place démesurée. J’ai eu l’occasion d’organiser plusieurs expositions d’art contemporain (ndlr. « Inuit, une terre, un peuple, un art », « Déséquilibre », « Matières à penser »). Je prends un plaisir fou à fréquenter les ateliers des artistes, qu’ils soient peintres ou sculpteurs. La vie ne serait pas impossible sans peinture, mais nettement moins intéressante ».