La saison estivale 2021 aura été marquée, notamment, dans le département des P-O (entr’autres territoires), par un manque flagrant de main d’oeuvre dans les métiers de l’hôtellerie. Nombre d’établissements, pourtant situés sur le littoral au coeur de l’activité touristique sous le soleil du Roussillon, n’ont pu fonctionner normalement

 

Pour la première fois dans l’histoire de ce secteur d’activité – essentiel à l’économie départementale – la profession a même recensé des restaurants et des bars-brasseries fermés « par manque de personnel » ; certains l’ont même affiché sur leur devanture pour en informer la clientèle (et l’opinion publique). Des employeurs ayant pourtant pignon sur rue (et sur plage) n’ont pas réussi à recruter cuisiniers, seconds de cuisine, serveurs…

Sans vouloir jeter de l’huile sur le feu, on notera (et s’en inquiètera) que côté décideurs et décisionnaires locaux – Qu’il s’agisse d’élus, de responsables socio-professionnels, de chefs d’entreprise… ou encore des services de l’Etat -, personne ne semble avoir pris la mesure de la catastrophe économique ; chacun dans son coin se contentant de blablater ou de communiquer en scotchant des mots sur des maux sociaux quand il fallait prendre le taureau par les cornes ou mobiliser toutes les forces vives des P-O dans des Assises d’exception.

On connait la chanson, le refrain des réformateurs-idéalistes-donneurs-de-leçons-de-tous-poils, légion en politique : « faut qu’on », « y’a qu’à », « y faut »… mais qui au final se contentent de regarder d’un air dubitatif la situation, de dicter ce qui devrait être fait, de jacasser… sans jamais intervenir, sans jamais mettre les mains dans le cambouis, pour au final vous l’aurez compris : sans prendre le moindre risque de faire bouger les choses.

Il s’agit pourtant de porter secours à toute une profession !

Deux personnalités locales ont tenté de réveiller la situation, mais hélas vainement à ce-jour, car sans réussir à être simplement entendues : Marc Badia* et Brice Sannac*.

Marc Badia, à la tête d’établissements touristiques dans la station balnéaire d’Argelès-sur-Mer (dont la célèbre Réserve), avait émis l’idée, en début de saison, sentant le vent de la pénurie salariale souffler, de concrétiser des partenariats avec des écoles hôtelières implantées dans des pays d’Afrique francophone, où affirme-t-il, « la demande existe ! S’agissant d’étudiants particulièrement bien formés et surtout désireux de venir faire une saison en France. Il suffirait de signer un partenariat avec leurs écoles, qui permettrait de les embaucher pendant la saison estivale, de les rémunérer pleinement comme tout travailleur saisonnier français, avec les mêmes droits et les mêmes avantages. Je ne parle pas de stage, je parle bien d’embauche saisonnière, car il faut être clair et précis si l’on veut que nos métiers redeviennent attractifs. Je sais qu’au Maroc, par exemple, il y a une grande attente chez certains étudiants formés à notre profession, mais malheureusement il y a le problème administratif des visas. Il faut trouver une solution et rapidement ».

A la tête depuis peu du puissant syndicat de l’Union des Métiers de l’Industrie Hôtelière des P-O (l’UMIH’66), le jeune Brice Sannac, restaurateur-hôtelier à Banyuls-sur-Mer (La Littorine), n’en finit plus depuis son élection à cette présidence départementale de remuer ciel et terre, n’hésitant pas à casser les fameux codes qui régissent les rapports classiques et traditionnels entre professionnels et décideurs (élus, hauts fonctionnaires), et qui trop souvent aujourd’hui s’avèrent être des freins à l’évolution de toute activité.

Tout en étant quotidiennement impliqué, présent dans l’entreprise familiale saisonnière (qui emploie une quarantaine de personnes en haute saison estivale), Brice Sannac a pris son bâton de pèlerin pour passer l’été à rencontrer cafetiers, hôteliers et restaurateurs, aux quatre coins du département66, pour recueillir leurs doléances, inquiétudes, leur colère parfois, mais aussi leurs suggestions, leurs ambitions, pour la profession. C’est tout cela qui a permis de nourrir son discours, d’alimenter son propos, même si parfois il exprime cela sous la dynamique de coups de gueule propres à la nouvelle génération qu’il incarne fièrement : le but est de faire bouger les lignes. « Tout va très vite aujourd’hui : les chaînes d’info en continue, les réseaux sociaux, la mondialisation qui redessine chaque jour différemment la nouvelle carte des destinations touristiques… Le Monde change ! Nous devons en tenir compte et être plus ré-actifs. On ne peut plus gérer, se contenter, regarder les trains passer (…), comme avant. Notre territoire, ses infrastructures d’accueil, de déplacement, doivent s’adapter. Notre profession le fait, elle investit tous les jours, nous avons de véritables pépites côté établissements, mais c’est tout le territoire qui doit être et se mobiliser pour relever le défi ».

Ce que nous avons connu l’été dernier sur la Côte va malheureusement impacter le bon fonctionnement des stations de sport d’hiver situées en Cerdagne-Capcir, où là aussi certains acteurs ont les plus grandes difficultés à embauche.

Pourtant la neige catalane est bien là, fidèle au rendez-vous – malheureusement les restrictions COVIDiennes également – la clientèle n’attend que le week-end et le temps des vacances (scolaires) pour grimper sur les sommets et s’ambiancer afin de sortir la tête de cette sinistrose qui nous étrangle depuis deux ans.

 

L.M.

 

*Marc Badia et Brice Sannac sont désormais élus consulaires de la CCI’66, élus dans l’équipe du président Laurent Gauze.

 

Cet été 2021, au centre-plage d’Argelès-sur-Mer, l’un des plus grands restaurants de la station n’a pu ouvrir ses portes… De l’avis des professionnels du secteur : du  jamais vu dans l’histoire du tourisme sur le littoral roussillonnais !…