Bret Easton Ellis et Olivier Amiel (mai 2019)

 

Avec la sortie de son essai « Voir le pire » (sous-titré « L’altérité dans l’œuvre de Bret Easton Ellis remède à l’épidémie de supériorité morale »), publié aux éditions Les Presses Littéraires, Olivier Amiel* témoigne une fois de plus – s’il le fallait – d’un sens critique et d’une élégance de style qui le placent parmi les universitaires certes de renom, mais dont surtout notre territoire peut s’enorgueillir.
A la différence des identitaires locaux, qui trop souvent se contentent d’enfoncer des portes (déjà) grandement ouvertes, de prospérer sur des considérations générales en déballant des kilo-maîtres de l’épouvante sentimentale, dans des autopsies locales et planétaires grandguignolesques, lui ose s’aventurer au-delà des mouvances radicales labélisées. Tel un champion olympique du 110 mètres haies, il dépasse les clichés (et la censure) pour aller affronter les pandémies de façade, que des Collectifs lobbyistes ayant pignon sur la Toile nous servent à gogo ! Car Internet est devenu le terreau de la « cancel culture », une soi-disant « justice sociale » qui vire vite au cyber harcèlement

 

En dénonçant, l’autoritarisme-couperet du déferlement de la « cancel culture »** – culture de l’annulation, culture du bannissement, de la dénonciation, etc.-etc. – Olivier Amiel n’a pas choisi la facilité ; il s’immisce dans la sémantique la plus problématique et la plus trompeuse du moment, à savoir l’actualité ancrée dans les ressentiments de la mondialisation et la « guerre des consciences » menée via des boycotts par des groupuscules extrémistes qui en découlent.
Lorsque on connaît Olivier Amiel, on n’est certes pas dérouté, intrigué ou interpellé par ce chemin littéraire qu’il emprunte et qui n’a rien de traverse.

Bien au contraire, on ne peut qu’applaudir, que s’en réjouir et le féliciter de nous faire respirer intellectuellement, en nous entraînant dans sa boule de (dé)compression, dans LE tourbillon médiatique qui nous débarque d’Outre-Atlantique.

 

« Ne rencontrez jamais vos idoles ! ». C’est le conseil que donne John Waters suite à la rencontre chaotique avec son héros de toujours Little Richard dans un récit hilarant. Envoyé par le magazine Playboy en 1987 pour l’interviewer dans une chambre d’hôtel, le réalisateur américain est à deux doigts de se faite tabasser par son idole et ses gardes du corps à cause d’un accord de relecture que la légende du rock’n’roll veut lui imposer de signer (…).

 

Ce sont-là les premières lignes du dernier essai publié donc par Olivier Amiel. On ne peut que sauter à pieds joints dans l’anecdote qu’il nous sert sous la forme d’une intrigue, évidemment.
Dans les lignes qui suivent, il n’y a pas de baston, rassurons les uns et les autres. Même si, la logique aidant, on se demande « quelle mouche a piqué » Little Richard. A moins que ce ne soit John Waters, élémentaire !
La fragmentation profonde des Etats-Unis d’Amérique qui touche les différences ethniques, générationnelles et de genre, a des répercussions indéniables sur la mosaïque européenne, plus particulièrement dans le puzzle « France » (et même, pourrait-on en rajouter, par le petit bout de la lorgnette hexagonale). « Voir le pire » analyse les romans de Bret Easton Ellis à travers le prisme du principe d’altérité pour répondre à cette problématique dans une époque dominée par ce que l’écrivain américain appelle si justement une « épidémie de supériorité morale » ; ce qui est Autre – comme le traduit parfaitement Olivier Amiel – a longtemps été considéré comme une source d’affrontement et de rejet…

 

Dans le brouhaha politico-médiatique du « made in France », Olivier Amiel nous évade d’un « politiquement correct » que tous nos gouvernants condamnent et disent rejeter, mais dans lequel pourtant, élection après élection, de journaux télévisés en presse « pipolisée », ils nous enfoncent, nous engluent et finissent par nous enterrer. Ou presque. Olivier Amiel nous donne un « passe » pour sortir du trouble actuel qui nous fait tant de mal en nous rendant aveugles à l’irrationnel et à tant de vérités à la fois.
En quelque sorte, il nous (re)dresse pour faire face à une certaine idéologie dominante, véhiculée notamment sur les réseaux sociaux, installée dans un suivisme qui, tout en jurant lutter contre des discriminations, ne fait qu’en créer d’autres, qu’en rajouter, tout autant insupportables.

 

« Voir le pire » dérange et décape, l’auteur invente courageusement une prose nue (de toute morale subjective), à partir de l’originalité d’un sujet abordé autrement, différemment en tout cas, dépouillé de toute part obscure, loin de toute contagion moraliste. L’auteur s’appuie sur des faits, réels, pour décortiquer un phénomène assurément bien plus violent qu’il n’y parait.

 

 

« Voir le pire » nous fait également entrer dans l’univers d’un fascinant écrivain, Bret Easton Ellis, 57 ans (le 7 mars), nouvelliste et réalisateur américain (né à Los Angeles), l’un des auteurs principaux du mouvement Génération X, considéré aussi comme un romancier d’anticipation sociale.

 

 

Si « Voir le pire » peut être interprété comme une flambée de colère, selon le côté où on se place, il s’agit surtout d’un essai captivant, motivant, qui nous éloigne du jeu de piste passéiste auxquels trop de conseillistes, de donneurs de leçons autoproclamés experts en Truc-Machin-Chose, et autres penseurs en rotin, avides de l’attraction du pire, nous ont si souvent habitué et ce pour mieux nous blackbouler dans notre raison d’Être.

 

Enfin, vous l’aurez compris, dans « Voir le pire », le temps de lire Olivier Amiel aiguise LA liberté d’expression Et cela fait du bien de s’interroger pour Voir le meilleur (le bon et le beau) qui, peut-être, sommeille encore en chacun d’entre nous…

 

L.M.

 

*Olivier Amiel ; docteur en droit public de la faculté d’Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), ancien adjoint au maire de Perpignan 2014-2020), il est le seul homme politique français à avoir été soutenu par l’écrivain américain Bret Easton Ellis.

**La Cancel Culture est une pratique ravivée aux Etats-Unis consistant à dénoncer publiquement, en vue de leur ostracisation, les individus ou les groupes responsables d’actions ou de comportements perçus comme problématiques. Cette pratique, qui se rencontre dans le monde physique et sur les médias sociaux, suscite la controverse.