Trop forts ces Anglais, so british !… « Faites ce que je dis, pas ce que je fais »

 

(Vu sur la Toile)

 

L’Occident étouffe la Russie par les airs, mais un paradis fiscal britannique continue son business
(Ouest-France – André Thomas)

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Ouest-France Rédaction.- Les quatre cinquièmes des avions de ligne russes sont des Airbus et des Boeing, pour lesquels les constructeurs ne fourniront plus de pièces détachées. Ils sont pour la plupart loués et immatriculés dans un paradis fiscal britannique, les Bermudes.
Les sanctions occidentales privent les compagnies aériennes russes de vols, d’avions, de pièces de rechange. Mais, loin de Londres et de ses sanctions anti-Poutine, les Bermudes, un des nombreux paradis fiscaux britanniques poursuivent leur petit business avec les compagnies russes.

L’étau des sanctions occidentales contre la Russie va se resserrer très fort sur le transport aérien russe. À défaut de priver le Kremlin des recettes du gaz et du pétrole qui coulent encore à flot vers l’Europe, elles ont très rapidement compris l’interdiction de survol des États de l’Union européenne, du Royaume-Uni, des États-Unis et du Canada pour tous les appareils russes. Vladimir Poutine ayant, par réciprocité, interdit celui du territoire russe pour les compagnies occidentales, la Russie est coupée de liaison aérienne avec toute une partie du monde.

Les vols restent possibles, cependant, avec la Turquie et les autres États voisins du sud, ainsi que la Chine, l’Inde. Mais ces destinations pèsent moins dans le transport aérien russe que les riches et proches États de l’ouest.

Le coup est donc rude pour Aeroflot (42 000 salariés, 342 avions) et les autres compagnies russes (Rossiya, S7 Airlines, Ural Airlines et Azur Air) même si celles-ci assurent 70 % de leur chiffre d’affaires en desservant l’intérieur d’un pays qui couvre onze fuseaux horaires à lui seul.

D’autant plus que le secteur aérien russe perd aussi, au passage, les juteuses redevances versées pour chaque avion étranger survolant son sol. Car désormais, au prix d’un détour d’une heure environ, les appareils occidentaux à destination du Japon ou du sud de la Chine contournent le territoire russe.

 

500 avions loués à récupérer

 

Seconde sanction, a priori redoutable, les sociétés occidentales spécialisées dans la location d’appareils, les « lessors », sont sommées de récupérer avant le 28 mars ceux qu’elles louent aux compagnies russes.

Or, et c’est une particularité du transport aérien russe, sur les 980 avions qu’exploitent ces dernières, pas moins de 777 sont loués, dont 515 à des « lessors » étrangers, le plus souvent anglo-saxons. Le plus important d’entre eux, AerCap, est irlandais et loue pas moins de 152 avions à la Russie.

Le troisième impact est plus insidieux et pourrait susciter une remise en cause de la sécurité des vols russes. Les principaux constructeurs d’avions et fournisseurs aéronautiques mondiaux sont en effet soumis au régime des sanctions. À commencer par Boeing, Airbus et leurs grands équipementiers, tels les Français Michelin (pneus) et Safran (moteurs, trains d’atterrissage, etc.). Ce dernier possède même deux sociétés conjointes en Russie pour la production de moteurs d’avion. Tous appliquent depuis quelques jours l’interdiction de délivrer non seulement des avions, mais aussi des prestations de maintenance et des pièces détachées, donc des pneus, aux compagnies russes.

 

Pas de pièces de rechange

 

« L’impact subi par les industriels français est décrit comme faible par ces derniers. Chez Airbus, par exemple, on ne compte que treize appareils prévus pour Aeroflot, sur 800 en commande. L’onde de choc est tout autre pour les compagnies russes, qui exploitent 370 Boeing et 340 Airbus. Elles pourraient se trouver assez vite à cours de pièces de rechange, estime Olivier Rigazio, membre du bureau exécutif du syndical national des pilotes de ligne (SNPL). Or le transport aérien est régi par des règles strictes et l’usage de pièces certifiées par les constructeurs. La Russie n’étant pas autosuffisante, il y a un risque que les compagnies récupèrent des pièces sur des appareils pour continuer à en faire voler d’autres, ce qui restreindra leur flotte. Puis, lorsque cette solution sera épuisée, qu’elles passent outre les durées maximum d’utilisation, au détriment de la sécurité ».

 

Le petit business d’un paradis fiscal britannique

 

« Les autorités de contrôle joueront-elles leur rôle de garde-fou ? Pas sûr. L’autre particularité des appareils russes est, pour 713 d’entre eux, d’être immatriculés non pas en Russie, mais aux Bermudes. Un des nombreux paradis fiscaux de la couronne britannique (avec les îles Caïmans, les îles Vierges, Man, les Anglo-normandes, etc.). Aux Bermudes, on compte le même nombre d’habitants que Saint-Nazaire (70 000 habitants) mais pas moins de 900 avions, majoritairement russes, y sont immatriculés. Les Bermudes sont un paradis fiscal et ne disposent pas des moyens adaptés au contrôle d’une telle flotte », considère Olivier Rigazio.

Si à Londres, Boris Johnson n’a pas de mot assez dur contre Vladimir Poutine, dans les Caraïbes, en dépit de l’intervention indignée d’une députée du parti de gauche gallois Plaid Cymru, Liz Saville-Roberts, le petit archipel britannique continue son petit business.