Michel-Edouard Leclerc décide de vendre dans les hypermarchés qui portent son nom la traditionnelle baguette de pain – à la fois cliché & symbole de l’incontournable panoplie du Français en marinière avec le béret, le vin et le camembert -, à 29 centimes, assurant dans la foulée vouloir bloquer ce prix pendant plusieurs mois… et aussitôt la vive polémique est déclenchée. C’est devenu une affaire d’Etat. Oh secours, vont bien finir par réussir à nous ôter le pain de la bouche !

 

Sur tous les plateaux de télévision, chaînes d’info en continue, chaînes généralistes, privées ou publiques, c’est le grand défouloir : du pain bénit pour nos Saint Médias qui, comme chacun sait, gagnent leur pain en soi-disant nous informant, mais qui quotidiennement, dans leur domaine, s’avèrent longs comme un jour sans pain.

Depuis vingt-quatre heures, c’est du pur délire. Les journalistes reçoivent comme d’habitude celles et ceux qui n’ont rien à dire, ou plutôt qui méconnaissent le sujet, et qui viennent donc polluer nos écrans avec des propos d’une terrible imbécilité dans l’analyse. C’est à se demander si avant Leclerc ils connaissaient le prix de la baguette. Pour 1 Kopeck – on se rapproche des 29 cts de Leclerc -,  c’est une tragédie qui s’installe, le retour de Pomponette mais sans Raimu s’il vous plait faut pas déconner non plus.

Des voix s’élèvent pour vociférer, on retrouve des éditorialistes oubliés, des commentateurs inoubliables, tout le gratin habituel des donneurs de leçons, on espère que le Premier sinistre va mettre les pieds dans le plat… En attendant, il y a des représentants de la profession, des syndicats professionnels, de la boulangerie la plus huppée du 8e arrondissement à Paris, plein de gens qui ont du blé (il en faut bien pour meuler le grain)…

Tous sont là, parfois maquillés (à l’excès) comme des voitures volées pour l’occasion – le retour sous les feux de la rampe est parfois dur, pour certains – fidèles aux médias chéris pour castagner Michel-Edouard Leclerc, le honteux, le flibustier, le scélérat pour le traiter de tous les noms d’oiseaux… Ils lui donneraient bien le COVID sans confession, à ce malotru de la Grande Distribution, qu’ils disent et/ ou insinuent!

Tout ça, parce que Michel-Edouard Leclerc ose vendre la baguette, sa baguette de pain, à 29 cts d’€uros.

Visiblement, nos envahisseurs des plateaux français ne doivent pas souvent faire leurs courses dans les grandes surfaces alimentaires, car il y a nombre d’enseignes low-cost qui depuis des mois proposent la baguette de pain à moins de 40 cts, voire 35 cts et en deçà.

On s’étonnera que, toujours sur ces plateaux télévisés, la voix des consommateurs soit effacée, méprisée. Comme on vous l’écrit. Pas un consommateur a été invité depuis vingt-quatre heures à venir s’exprimer, à livrer la parole des pourtant principaux concernés dans cette affaire. Ou alors, quelque chose nous a échappé.

Pourtant encore et encore, à trois mois de la prochaine élection présidentielle, tous les sondages, d’où qu’ils (pro)viennent, affirment et confirment que la principale préoccupation des Françaises et des Français est bien le pouvoir d’achat. Leur pouvoir d’achat.

Les Parisiens et amateurs qui ont de l’oseille, de l’avoine, des radis et du goût – habitués par exemple à s’approvisionner chez Eric Kayser, La Durée, Archibald ou Mamiche -, celles et ceux qui aiment le bon pain et qui ont les moyens de le payer jusqu’à 3€ selon la mixture suggérée pour des pains spéciaux, continueront de se rendre chez leur artisan-boulanger-pâtissier préféré, dans leur rue, dans leur quartier, dans leur village, à proximité.

Soyons sérieux. Ce n’est pas parce que Leclerc l’affiche à 29 cts qu’on va prendre sa bagnole (ou sa trottinette électrique) et traverser la ville comme une étoile filante pour aller s’acheter une baguette dans l’un de ses hypers. C’est ridicule de penser ainsi. Totalement absurde. Il n’y a que des rigolos-bobos (et des journalistes) pour le croire et comploter autour. Du bon sens s’il vous plait messieurs ! Arrêtez de nous enfariner, please !

A n’en pas douter : les artisans-boulangers ne devraient pas souffrir de cette baisse du prix de la baguette chez Leclerc. Ils ne commercialisent pas dans la même catégorie. Ils ont d’autres atouts, d’autres ressorts, du répondant, de l’imagination et du talent pour faire face. L’inimitable et simplissime « sandwich-jambon-beurre » est toujours là. Il a résisté à toute l’armada de galettes sarrasin (hamburgers, cheeseburgers, végéburgers, cheese Naan, hot-dogs, kebabs, paninis, tacos…).

Par contre, dans la grande distribution, la guerre économique est déclarée, on peut le penser comme ça.

Mais personne ne pourra nier – sauf les niais -, qu’une baguette de pain « à prix bloqué à 29 cts » cela peut rendre du pouvoir d’achat aux consommateurs.

Selon des propos de Michel-Edouard Leclerc tenus au micro de RTL et rapportés par le journal Ouest France : « Cette polémique n’a pas lieu d’être (…) ». Le patron de la grande distribution y dénonce « une forme d’hypocrisie et de manipulation (…). Nous n’avons pas baissé les prix. Nous avons bloqué les prix de cette baguette qui est déjà vendue à ce prix-là, 29 cts (…). Ce prix de vente prend en compte la hausse des prix des matières premières (…) ».

En tout cas, pour 29 cts, Michel-Edouard Leclerc s’est offert un joli coup de publicité. Jackpot ! Car s’il avait dû payer la note chaque fois que son nom a été prononcé ces dernières vingt-quatre heures dans tous les médias de l’Hexagone… Il est vraiment fort ce Leclerc, très très fort. Un businessman, tout simplement !

 

L.M.