Depuis quelques jours, depuis plus précisément « l’affaire Chalençon » – du nom de ce brave collectionneur spécialiste de Napoléon -, il est de bon ton, en France, de stigmatiser une partie de l’opinion publique en lui désignant des boucs-émissaires, en jetant à la vindicte populaire des gens, des groupes d’individus, des entreprises… en incitant le Peuple à dénoncer ses propres voisins qui feraient trop de bruit en famille ou entr’amis, surtout aux heures du couvre-feu

 

Exactement comme à la Grande Epoque de l’Occupation nazie, la délation, fortement encouragée par certains médias, et notamment les chaînes de télévision – afin aujourd’hui de dénoncer celles et ceux qui ne respectent pas les codes du protocole pour lutter contre la pandémie coronavirus -, est redevenue un sport national, la baguette de pain sous les bras et le béret bien vissé sur le crâne pour que cela entre mieux !

Récemment, on a même vu – en tout cas ce sont les journalistes qui l’ont affirmé et diffusé à grande échelle – un ancien Président de la République alerter la police et la faire intervenir dans l’immeuble qu’il habite pour déloger les décibels et verbaliser le chef d’orchestre. Pitoyable.

Tous les soirs, sur certaines chaînes de télévision qui en ont fait leur uolliard (« graillou » en verlan, c’est plus tendance) quotidien, sur les plateaux walou-walou, on voit des espèces d’animateurs déguisés et maquillés en procureurs – après tout pourquoi pas ? puisque depuis le début de la pandémie les journalistes se prennent pour des toubibs Nobélisés et les chercheurs en mal de trouvailles pour de grands écrivains, sans oublier les politiques toujours fidèles aux caméras pour assurer la promotion de leurs conneries -, cafarder en se nourrissant des gravats et des vomissements véhiculés sur les réseaux sociaux.

Au nom de la République, de la Laïcité, au nom de la Liberté d’expression, de la Liberté d’informer (elle a bon dos) tout, tous les éboulis de la société, seraient donc utiles à dire, à prendre, tant que cela fait bander l’Audimat !

Pauvre France !

Jusqu’au tweet d’Evian, qui fait polémique, avant-hier : au premier jour du jeûne du Ramadan, la marque d’eau minérale (Groupe Danone) s’est excusée « pour un message perçu comme malvenu, voire provocateur par quelques musulmans », nous apprend-on. Ridicule. Invitons dès à présent la marque d’eau minérale gazeuse Vichy à ne surtout rien twitter le 8-Mai… Cela ferait désordre. En même temps, sûr que cela ne déplairait pas à certains animateurs, à certains journalistes.

Certes, s’agissant du COVID et des règles républicaines en cours pour ce qui nous concerne ici, il faut savoir respecter les lois, mais que les autorités veillent à les faire appliquer, que les journalistes fassent leur boulot d’informer, avant d’interpeller « Françaises & Français » pour qu’ils dénoncent leur voisin de palier. Tout cela ne sent pas très bon.

Sur le même rythme que la rumeur : elle court, elle court la délation, la maladie médiatique du moment, l’intoxication journalistique. Car cette délation va d’autant plus vite, d’autant plus loin et d’autant plus haut qu’elle a trouvé dans la presse, dans les réseaux sociaux, sur les chaînes de télévision d’infos en continu, à la radio, sa courroie de transmission idéale. Ses lettres de noblesse.

C’est grave docteur ? Oui, c’est très grave. Et dangereux. Car la délation, au même titre que la rumeur, peut tuer. Tuer beaucoup plus que le COVID !

 

L.M.