Présentation en avant-première du long-métrage documentaire d’Olivier Ducray, « La vie des gens », à Elne, le vendredi 20 février à 20h 30, au cinéma le Vautier qui fait partie du réseau Cinémaginaire.

Qui est Olivier Ducray, le réalisateur ?

Formé à la production et titulaire d’un master en marketing et distribution dans l’industrie audiovisuelle européenne, Olivier Ducray a d’abord travaillé aux acquisitions des programmes de la chaîne Comédie puis quatre années en distribution cinéma au sein de Mars Distribution et de Studiocanal.

Passionné d’écriture sous toutes ses formes, il construit pas à pas sa carrière d’auteur et intervient régulièrement comme rédacteur.

Il cosigne, entre autres, le scénario de long métrage UN TOCARD SUR LE TOIT DU MONDE, adapté du roman éponyme et avec l’auteur de celui-ci – projet actuellement en développement et ayant obtenu le soutien du CNC. Parallèlement, et depuis l’adolescence, il tourne ou met en scène, de la fiction ou du reportage, en général en autoproduction, par passion et pour se faire la main. En 2011, il écrit et réalise CHAMPAGNE, un premier court métrage produit, véritable préalable au film LA VIE DES GENS, son premier long métrage documentaire. Il développe actuellement plusieurs autres projets pour le cinéma, le web ou encore le théâtre.

Quand on lui demande « Pourquoi ce film ? », Olivier Ducray répond : « Le sujet que j’ai voulu aborder dans ce documentaire est au cœur de l’actualité : c’est celui de la dépendance et de l’isolement des personnes âgées, de leur accompagnement dans la fin de vie. Il s’agit là d’une problématique qui touche tout le monde, de près ou de loin, mais que l’on a souvent du mal à regarder en face. Si j’aborde ce sujet, à la base délicat, c’est grâce à Françoise, parce qu’elle me permet de le faire de manière vivante et légère, drôle même parfois. Infirmière libérale, Françoise est un véritable personnage, atypique, et d’une implication rare propre à cette profession extrêmement exigeante, où des dizaines d’« actes gratuits » accompagnent sans cesse les actes de soins à proprement parler. Car le soin est aussi un prétexte, l’occasion d’un sourire voire d’un rire, dans tous les cas d’un échange, en bref d’un lien social ; parfois le seul qui « leur » reste. J’aimerais, à travers ce documentaire, que nous prenions un instant pour nous poser, regarder, écouter celles et ceux que l’on n’écoute plus, que l’on croise sans voir, ce peuple d’ombres qui pourtant vit là juste à côté de nous. Ils ont été jeunes, ils ont eu une vie, ils ont beaucoup à nous dire… et ils le font toujours à leur manière, directe, souvent amusante, toujours touchante.

À ces aînés, comme on les appelle pudiquement, à nos petites vieilles et nos petits vieux, je serais heureux que le film contribue à rendre un peu de tout ce qu’ils nous ont donné ou nous donnent encore. Aux soignants enfin, je voudrais vraiment rendre hommage, que l’on réalise à quel point leur intervention est d’une importance capitale, surtout dans une société quelque peu dépassée par son propre vieillissement. Je ne peux m’empêcher de penser qu’un jour peut-être, nous aussi, nous serons bien heureux de rencontrer « une Françoise ».

ENTRETIEN AVEC OLIVIER DUCRAY

Vous avez réalisé un premier court métrage CHAMPAGNE qui traitait de l’isolement et de la solitude. LA VIE DES GENS résonne comme le prolongement de cette thématique non ?

Olivier Ducray : « Le thème de la solitude est central dans tout ce que je fais. Je ne comprends pas la manière dont on traite nos aînés. Il s’agit de nous demain ; souvent on les imagine hors du monde, hors du temps, on ne les voit plus. Ce film, est une manière de dire que derrière ces gens, il y a des vraies vies. Je ne comprends pas pourquoi en France, on les met « en marge de la société » alors qu’ailleurs, ils sont au centre, ce sont les « sages ».

Pour remédier à cela, vous avez trouvé la perle rare. Le documentaire tourne autour du personnage de Françoise et le lien qu’elle tisse avec ses patients ?

Olivier Ducray : « Oui, Françoise est un personnage haut en couleur. Très respectueuse, son humanité m’a touché et donné envie de découvrir son quotidien. Son rapport aux gens fait qu’elle m’a permis de rentrer chez eux en toute confiance. Françoise me permettait de les voir positivement, loin du côté misérabiliste qu’on leur associe souvent, hélas.

Françoise, elle, est du côté de la vie : elle les fait vivre, elle les redémarre, elle ne s’apitoie jamais. Elle rend les choses beaucoup plus acceptables.

C’est aussi son travail et celui de tous les autres « soignants » de rendre leur situation plus acceptable. Elle n’hésite pas à les charrier, à les « bousculer ».

Le titre LA VIE DES GENS est très joli, mais y-a-t’il un message ?

Olivier Ducray : « L’espérance de vie s’est rallongée, du coup la question de la dépendance et de l’isolement en fin de vie est un enjeu de plus en plus important.

On découvre aujourd’hui un âge que l’humanité ne connaissait pas, c’est le grand âge, un âge dans lequel l’individu redevient dépendant comme quand il était jeune enfant en quelque sorte. La plupart des gens que j’ai filmés n’ont sans doute pas vu leurs grands parents comme ça ; ce sont les premières générations à en avoir conscience, à savoir ce que cela signifie.

Le but du film est que les spectateurs aient moins peur et qu’ils aient la même émotion que moi. J’aimerais qu’ils aiment ces gens et s’y attachent comme je m’y suis attaché. Si j’y parviens, alors j’aurai réussi mon film.

Il faut comprendre qu’une simple discussion peut avoir beaucoup d’importance pour des gens qui ne voient personne ».

Pouvez-vous nous expliquer le choix du format documentaire pour traiter de ce sujet et le choix du grand écran pour toucher les spectateurs ?

Olivier Ducray : « À mon sens, jamais on ne pourrait obtenir en fiction ce qu’on obtient en documentaire sur ce genre de sujets : je ne connais pas de dialoguiste qui pourrait inventer ces paroles ni de comédiens pour les interpréter ou de metteur en scène pour les diriger. Moi je n’aurais pas pu imaginer la moitié des situations que j’ai vécues. Et puis il aurait été curieux de faire de la fiction puisque mon sujet est de montrer que ces gens existent !

Pourquoi les inventer ? Je me suis placé du côté de la vie, montrer le quotidien de gens isolés. Le choix du cinéma, je sais que c’est présomptueux mais je voulais garder une vraie liberté de forme et de contenu. Ma rencontre avec Françoise est très rare : j’ai senti comme une évidence, celle que j’avais devant moi était un vrai personnage de documentaire que la fiction n’aurait pu me donner. Et puis j’avais envie d’accorder de l’importance à ceux qui n’en ont plus sur un grand écran.

Enfin je voulais rendre à Lyon ce que cette ville m’a donné.

Le documentaire d’immersion implique beaucoup d’incertitudes ».

Comment réussit-on, dans ce contexte, à donner une « tonalité » au film ?

Olivier Ducray : « Le documentaire d’immersion implique une intention de départ, un sujet bien entendu, mais il n’y a pas d’écriture très définie, on est confronté à l’imprévu. Je me rends compte toutefois que le film fini est proche de ma lettre d’intention, ça m’a fait plaisir. J’ai rien renié. Sur ce plan, l’étape du montage est cruciale. D’autant plus cruciale que je ne voulais pas de voix-off.

Je me suis toujours dit que Françoise nous prendrait par la main. Il me tenait aussi à coeur qu’il y ait du rire pendant ce film.

Je viens plutôt de la comédie, c’est mon univers de prédilection à la base. J’ai beaucoup ri avec les patients, Françoise rit tous les jours avec eux.

Je voulais essayer de le retranscrire. Et même s’il y a des situations ou des contextes difficiles, je ne voulais pas tomber dans le pathos.

Ce ne sont pas des gens tristes, c’est nous qui les considérons comme cela. C’est notre vision de la vieillesse qui est triste, pas les vieux ».

Pourquoi avoir décidé de tourner pendant un an ?

Olivier Ducray : « La durée c’est juste de la rigueur pour instaurer une relation de confiance avec tous les protagonistes du film. Mais c’est la seule condition pour créer un tissu relationnel avec les patients afin de capter de façon naturelle la relation que Françoise crée avec eux. On ne venait pas trop afin de ne pas être trop intrusif et pour ne pas ralentir Françoise, pénaliser son travail.

Je voulais m’inscrire dans une durée calendaire, avec les temps forts d’une année, le passage de saisons. Le passage à la nouvelle année qui ne signifie plus grand chose quand on est isolé mais que l’on célèbre toujours lorsqu’on a la vie devant soi ; c’est évidemment ce contraste qui m’intéressait ».

Le rapport au temps, celui qu’il fait et celui qui passe, il est si important pour ces gens ?

Olivier Ducray : « Il est primordial pour eux. Françoise le dit, ils n’ont plus de projets à partir d’un certain âge, les seuls projets c’est le petit fils qui va venir quand ils ont la chance d’avoir des proches. Ils ne demandent jamais rien, minimisent beaucoup. Il n’y a qu’auprès du soignant que ces gens arrivent à se livrer franchement. Auprès des proches, ils font comme nous avec nos propres parents, ils font bonne figure ! On ne peut pas comprendre tout ça en une semaine ».

– Quelle a été d’après vous la motivation de Françoise en participant à ce film ?

Olivier Ducray : « Françoise est incroyable, honnêtement elle est un porte drapeau de sa génération d’infirmières libérales et de celle qui arrive. Ce n’est pas un plaidoyer ou un film militant mais c’est une manière de dire « n’oublions pas que dans l’ombre » il y a tous ces gens qui prennent le relai d’une société qui peine à trouver des solutions et je ne parle pas que de l’État mais des individus aussi ».

ENTRETIEN AVEC FRANÇOISE

Comment avez-vous rencontré Olivier Ducray ?

Françoise : « J’ai rencontré Olivier en cherchant avec lui un appartement pour le tournage de son court métrage CHAMPAGNE. Il m’a accompagné dans l’une de mes tournées, on a vu toutes sortes de personnes, j’arrivais avec lui à l’improviste, c’était très drôle. Mais les personnes âgées, elles ont un peu peur. Vous vous rendez compte : vingt personnes qui viennent chez vous pour faire un film ! Je n’ai pas réussi mais Olivier m’a dit : « je n’ai pas trouvé l’appartement mais je reviens en 2013 et je fais un documentaire sur vous. Vous seriez d’accord ? » Il savait déjà exactement ce qu’il voulait faire.

J’ai dit oui sans hésiter, j’étais vraiment heureuse ».

Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans un tel projet ?

Françoise : « C’était formidable comme idée, vous vous rendez compte ?

Je n’arrête pas de lui dire que c’est un magnifique cadeau qu’il a fait à tous ces gens, et à moi aussi, je vais avoir 60 ans au printemps 2015 !

Et puis comme ça il va rester une trace des infirmières libérales. Notre métier risque de disparaître. On coûte trop cher parait-il.

On sera peut-être remplacées par des plateformes de soin, sortes de grande surface du soin. Elles auront leurs bons côtés, ça fera gagner du temps sans doute, mais on va perdre beaucoup de l’humain, et l’humain c’est l’essentiel.

Mais c’est ce qui se voit le moins. L’autre motivation c’est de parler du maintien à domicile. Il y a beaucoup de personnes âgées qui ne rêvent que d’une chose c’est de pouvoir vivre jusqu’au bout chez elles et d’y mourir. Rester chez soi c’est garder son identité. C’est à ça qu’on les aide aussi, ça n’a pas de prix. La plupart des soignants en structure se démènent pour faire du bon travail mais ce n’est pas pareil ».

– Qu’est-ce qui vous touche dans le fait de soigner des personnes âgées ?

Françoise : « J’aime les gens. Ils ont tous leur personnalité. Chez eux, ils ne sont pas vieux.

Quand j’étais plus jeune je me suis occupée d’enfants aussi, j’ai de bons souvenirs, mais j’aime trop les adultes. Je pense qu’on porte beaucoup trop d’attention aux enfants en général. C’est normal mais c’est souvent très déséquilibré par rapport aux personnes âgées. On met les parents ou les grands parents qui sont âgés dans un coin de table. Je l’ai fait aussi et je le regrette. Les personnes âgées sont des personnes avant tout et des personnes intéressantes. Moi je me délecte avec elles, j’adore. Ceci dit je n’aurais pas pu soigner des enfants, je trouve ça trop injuste un enfant malade, c’est trop dur.

Les personnes âgées sont amenées à nous quitter, elles le savent, c’est dans l’ordre des choses, il n’y a rien de triste.

Je fais tout pour qu’elles partent en douceur ».

Quel est votre regard sur l’isolement des personnes âgées ?

Françoise : « L’isolement a toujours existé, surtout chez les personnes âgées. Seulement maintenant les gens vivent plus longtemps, c’est donc plus long et plus dur. Beaucoup ne voient personne ou alors rarement. La famille n’a jamais vraiment le temps, parfois il y a des brouilles, c’est terrible. Je sais qu’Olivier était très intrigué de ce qu’il se passait une fois que la porte se refermait derrière moi. C’est vrai que très souvent la personne ne verra personne d’autre jusqu’au lendemain ou au surlendemain. Évidemment qu’elles aimeraient sortir, se divertir. Mais quelques mots échangés c’est précieux déjà. Les gens ne savent pas ce qu’ils ratent lorsqu’ils oublient leurs aînés. Et ils le regrettent toujours après. J’ai beaucoup de chance parce que j’ai un rapport privilégié avec eux, aussi bien au niveau du corps que de l’esprit. J’ai en tête une patiente « coquette » qui se parfume et se fait couper les cheveux toutes les semaines mais qui parfois ne mange pas à sa faim. Je le sais en m’occupant d’elle, dans la durée. Ces personnes sont vraies avec moi, elles m’avouent des choses qu’elles ne diront pas à leur famille, surtout des histoires d’amour.

Si on n’était pas là je ne sais pas à qui elles raconteraient tout ça ».

– Comment vous situez-vous par rapport à votre profession, dans votre manière d’être et de travailler ?

Françoise : « Moi je suis de la vieille école ! J’ai démarré en 79, on était deux, on faisait les tournées en 2CV verte, on faisait surtout les remplacements, les trucs que les autres ne voulaient pas faire, les nuits par exemple. Par la suite j’ai préféré travailler seule mais je côtoie pleins d’autres infirmières ou auxiliaires de vie et on s’apprécie. C’est sûr que par rapport à la jeune génération je suis très différente, j’ai pris pleins de mauvaises habitudes que je garde, on prend des automatismes. Par exemple je ne mets pas de gants pour les toilettes.

Je trouve que le contact réel est un « plus » pour eux et pour moi, je préfère. Je me lave les mains avant et après, ça suffit. J’ai ma manière de travailler, les gens dépendent parfois de mes horaires, mais ça n’a pas l’air de trop déplaire. D’ailleurs il m’arrive souvent de soigner les parents ou les enfants d’anciens patients. On me rappelle, c’est bon signe ! Quelle que soit la méthode, quand on fait ce métier c’est qu’on aime les gens, si on n’aime pas les gens il ne faut surtout pas faire ce genre de métier, c’est terrible pour tout le monde. Le métier déborde humainement, quel que soit l’âge du patient.

Certains font venir une infirmière comme on fait venir une femme de ménage mais c’est la minorité. La plupart des gens, surtout les âgés, ont besoin de plus qu’un soin.

Vous savez quelle est la première question que m’ont posée les patients lorsque je leur ai dit que j’avais vu le film avec du public ? « Est-ce qu’ils nous ont aimés ? »

Les personnes âgées ont besoin d’être aimées ».

 

Après sa présentation en avant-première nationale à Elne, le film sera ensuite repris comme suit dans le réseau :

19/03 : Elne (cinéma Vautier)
– 20/03 : Argelès/mer (cinéma Jaurès)
– 20/03 : Port-Vendres (cinéma Vauban) 
– 21/03 : Elne (cinéma Vautier)
– 21/03 : Argelès/mer (cinéma Jaurès)
– 21/03 : Prats de Mollo (cinéma Nouveau Palace)
– 22/03 : Cabestany (cinéma Abet)
24/03 : Argelès/mer (cinéma Jaurès)
25/03Argelès/mer (cinéma Jaurès)  
– 25/03 : Port-Vendres (cinéma Vauban)
– 26/03 : Port-Vendres (cinéma Vauban)
– 27/03 : Elne (cinéma Vautier)
– 28/03 : Prats-de-Mollo/ La Preste (cinéma Nouveau Palace)
– 28/03 : Saint-Paul de Fenouillet (foyer rural)   
31/03 : circuit Cinémaginanire (300067)
01/04 : Cabestany (cinéma Abet)
– 03/04 : Saint-Laurent-de-Cerdans
– 04/04 : Amélie-les-Bains/ Palalda (casino)
– 05/04 : Amélie-les-Bains/ Palalda (casino).
Hervé Houssou, de Collioure, est le producteur du film qui est une coproduction entre MITIKI et HANNA FILMS (sa société de production). Il est distribué par la société TAMASA.
C’est le premier long métrage que Hervé Houssou produit pour le cinéma, après avoir été régisseur général et directeur de production pour des longs-métrages cinéma et des films publicitaires.
Tous nos vœux de réussite l’accompagne dans ce challenge !