Lui, Rantanplan, qui adorait faire des pieds-de-nez en permanence aura été servi… Décédé le jour de l’été, la veille de la Fête de la musique… Peu banal pour un mec qui ne vivait que sous le soleil, que ce soit en mer, sur terre ou en pleine nuit !, et qui se réveillait en fanfare à n’importe quelle heure du jour, de préférence juste avant la pause-apéritive…

Depuis hier, aujourd’hui, ce soir, Collioure est en deuil.

Le village a perdu l’un de ses enfants terribles. Un personnage d’exception, flanqué de toutes les réputations, qui avait des idées sur tout, voire même surtout des idées ! L’homme ne laissait jamais indifférent, capable de tous les excès en toute sérénité. Il aurait pu faire partie de la bande des Copains d’abord si chère à Brassens, ancrée du côté de la Pointe-Courte à Sète. Il était de toute façon amarré à une autre tribu, celle de la bande à Jojo, qui ne perdait jamais de vue la barque catalane échouée aux Templiers en guise de comptoir. Bon pied bon oeil notre Rantanplan, qui ne roulait pas le tambour mais plutôt la caisse claire (et quelques feuilles de papier Job en remontant le quai jusqu’au Café Sola).

Il savait faire bouillir la marmite quand il le fallait. Avec son visage buriné parce que cramé à l’année sous le soleil de la Côte Vermeille exactement, Rantanplan, canotier du Douy, donnait l’impression d’être un marin aguerri. En le croisant, en terrasse de préférence, on l’imaginait rentrant de naviguer dans les mers du sud et dans le Pacifique, trimballant derrière lui une longue carrière de vieux loup de mer au long cours… Lui qui au final n’avait jamais dépassé le Cap Béar ! Ou presque. Comme au Vatican l’habit ne fait pas le moine, à Collioure la marinière ne fait pas le pêcheur.

A sa façon, à sa manière, c’était un artiste. Il s’était s’essayé dans l’intimité à la manipulation du fer pour en faire des sculptures, puis il avait percé, et il avait même réussi à se faire un nom du côté de Cosprons. A moins que ce soit du côté du Rimbau ?… Un « warrior » ce Rantanplan ! Comme on vous l’écrit. Même l’insupportable (dans la critique) et néanmoins formidablement adorable Jouanin (Guy de son prénom), l’avait jaugé ainsi : talentueux.

Comme tous les artistes, à ne pas confondre avec les comédiens !, il était aux cent coups, à fendre l’âme. Il avait une sensibilité à fleur de peau, une sensibilité d’écorché vif, pour être passé dans sa vie de Bohême par toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Cela ne l’a jamais empêché, même en plein conflit avec lui-même, de rire à ventre déboutonné et à gorge déployée. Chapeau Monsieur l’artiste !

Les vignes, les cafés, les familles, les eaux et la plage de Collioure, les marchés en plein air, la mairie, l’histoire locale, la baie, les chapelles du bourg, et même l’Eglise, n’avaient plus aucun secret pour lui. Partout, dans Collioure, il était chez lui. Comme chez lui. Le croiser dans la rue vous redonnait inévitablement le moral, surtout si vous l’aviez perdu en quittant votre domicile.

Rantanplan, c’était un théâtre, au décor bigarré comme un tapis de Turquie, c’était un bonheur ramassé à l’ombre du plus célèbre clocher de France et de Catalogne.

Désormais, les fêtes du 16 août à Collioure défileront sans lui. Rien ne sera plus jamais comme avant. C’est sûr. Il avait le talent (mais surtout pas l’envie) pour diriger la fanfare de la garde républicaine un 14 juillet (à Port-Vendres) ; il avait un humour incisif et décapant pour faire chanter un truc dans le plus pur style du P’tit Quinquin à la claire fontaine de Consolation…

Déjà, ces dernières années, la fanfare des Bizar’s avait fondu comme neige au soleil. Certains avaient pris la poudre d’escampette du côté de Vic-Fezensac (trouvant subitement la couleur de l’armagnac plus alléchante que celle d’un collioure ou d’un banyuls), d’autres s’étaient vue imposer une retraite qu’ils n’avaient jamais osé penser connaître…

Certes Agathe, Jeanne J., les frères Gozes, le Dâ, Maciste, Maciston, le Monstre et d’autres sont toujours là pour assurer l’éternelle relève. Certes Collioure sera toujours Collioure (et c’est tant mieux ainsi), mais Rantanplan va quand même « hé-naur-mé-ment » nous manquer. Hier soir, pour la Fête de la Musique, depuis les Templiers où ils se produisaient, les musiciens des Bizar’s avaient revêtu des tee-shirts rendant hommage à leur idole…

Rantanplan, Jean-Claude Crombez sur sa carte d’identité, nous a quitté dans la nuit de mercredi à jeudi, alors qu’il aurait eu 55 ans le 10 juillet prochain… Il est parti rejoindre les Tata Gégé, Claude Chazot, Pimpim, Alain Recasens, Raoul, René Francès et autres qui, paraît-il, s’impatientaient de l’attendre au Café d’En Haut. Ses obsèques auront lieu ce vendredi 22 juin 2012, à 18h, en l’église d’Alet (Aude).