Sur deux livres de Jo Falieu : Silence sous les pierres & Mai…bien sûr

Sur ma table de lecture : Silence sous les pierres de Jo Falieu aux éditions Itaca. J’ai rencontré le poète aux festival des Voix Vives à Sète. Sa poésie a un vrai souffle de l’expression. Le préfacier Alexandre Larguier a vu juste quand il qualifie les thèmes approchés par le livre l’appui et l’alerte comme si ces deux notions complémentaires se diffusaient discrètement et imprégnaient l’écriture du poète . La poésie se fait dans un lit comme l’amour écrit André Breton dans la poème « sur la route de San romano ». Le premier poème du recueil est de ce point de vue une belle entrée en matière.  « et puis soudain rugit/ au ventre profond / des fleurs de ciel /où dansent des gitanes ». Il y a dans ce mouvement poétique du vers ou de la phrase du recueil cet élan vital qui devient musique et floraison d’images savoureuses. « air pur//ritournelle du verbe:dans ses éclats /laisser s’écouler ce grand fleuve tranquille » Ce fleuve, c’est le lit d’amour que j’évoquais plus haut.  Le poète Falieu est le grand questionneur du réel dans ses mots rêvés . Il est l’orage même qui « tangue comme un pardon/pour que la fleur du cœur/vibre sur ses pétales ». Le poète Jo Falieu porte dans ces flancs l’aventure des images, des flux poétiques qui animent légèrement et intensément tout à la fois son désir des étreintes fraternelles et/ou amoureuses. De nombreux poèmes sont dédiées aux amies et aux amis avec la clarté de ses intentions de rencontres et de dialogues. Le poète est connecté avec les œuvres-vie de Léo Ferré, de Baudelaire, de Prévert, d’Aragon, Miro, le catalan etc… pour conjurer les blessures du temps. Sa poésie semble lever à chaque poème les mots-guerriers qui désarmeraient les plus violents des hommes. Fugaces ou pleines par ces images sa poésie conjugue à tous les temps les utopies du présent et tisse la toile de « l’étrange voilure du temps ». Sa poésie est, brise, exhalaison et sa barque mène au chemin de la vraie joie, à la semblance des oeuvres des troubadours. Fleure la rose écrit-il. Le poète perdu est comme un chat qui sait retomber sur ses pattes. La mémoire et ses terres de solitudes accompagnent constamment l’esprit et le cœur du poète dans sa quête des incertitudes et des mots-corail et la partition de la parole muette que sa poésie traduit en mots souverains. Je tirerais de ce recueil une anthologie personnelle qui accompagnerait mes reflexions sur le sens des mots et d’un poème. J’en choisirais trois : le clown bleu, bulles de soleil, désert bleu …J’ai lu aussi Mai… bien sûr où le poète plonge dans le social, les luttes collectives, la révolution à vivre, les manifestations à partager où tout semble aller l’amble pour un monde meilleur. L’écriture dans ce cas est parfois délicate. Le risque est de lire à mon avis une poésie militante qui se chargerait de soutenir un mouvement fut-il le plus vrai pour nos libertés et la transformation sociale. Mais ce second livre que je viens de lire est un complément fort et juste au service de la poésie même et du souffle que j’ai perçu et aimé dans ces deux bouquins. La poésie de Jo Falieu m’a donné envie de relire Pour un brasier dans un désert de Victor Serge, ce poète rebelle et authentiquement poète.

Luc Vidal, le 21 septembre 2018