On l’a appris cette semaine : le patronat français de l’Hôtellerie-restauration – regroupé notamment au sein de l’Union des Métiers de l’Industrie Hôtelière/ UMIH – et l’ANETI (l’Agence tunisienne pour l’emploi) ont signé une convention qui permettra, dès 2023, de faciliter la venue en France de jeunes tunisiens*, désireux de travailler temporairement dans un secteur en tension permanente depuis des années

 

Signé le mois dernier sous l’égide des deux gouvernements concernés, l’accord est désormais officiel. Ils seraient déjà près de 6 000 candidats issus des écoles hôtelières tunisiennes à vouloir faire la traversée…

Ces travailleurs saisonniers, solidement formés aux métiers de l’Hôtellerie – qui auront un contrat annuel de cinq mois, puis devront rentrer au pays -, seront payés selon les grilles de salaires de la branche hôtellerie-restauration en France, pour l’été 2023.

Cependant, cet « appel de l’hôtellerie française pour recruter de la main d’oeuvre l’été prochain », suscite déjà des réactions pour le moins mitigées, même si, effectivement, cette annonce a créé un vent d’espoir de l’autre côté de la Méditerranée.

Deux questions fondamentales s’imposent en conclusion de cette convention :

-Cette évasion vers la France de travailleurs tunisiens, ne risque-t-elle pas de créer un manque grave dans le secteur de l’hôtellerie-restauration en Tunisie ? Car, comme le souligne l’Association tunisienne des professionnels de l’Art culinaire, « la Tunisie aussi a besoin de bras », et notamment dans ses diverses et multiples activités touristiques dont le secteur est l’un des piliers essentiels de l’économie du pays. Pire encore, ces mêmes professionnels nous disent que, s’agissant du recrutement de la main d’oeuvre dans l’Hôtellerie, « nous avons la même problématique qu’en France ici en Tunisie ».

-Comment et où va-t-on loger ces milliers de travailleurs tunisiens temporaires, alors que le logement des employés saisonniers français demeure – avant les salaires dans la profession – le principal obstacle à l’embauche ? En effet, et la plupart des patrons d’établissements le confirment, l’absence de solution pour loger in situ le personnel saisonnier reste le frein N°1 au recrutement. Et cela fait près de deux décennies qu’on en parle, avec un phénomène qui chaque été devient non seulement récurrent mais va en s’aggravant.

Donc, localement, à Argelès-sur-Mer par exemple, où décideurs, décisionnaires, employeurs, professionnels de la profession et du tourisme, n’arrivent toujours pas à trouver un terrain d’entente, pour justement faciliter le logement des « saisonniers », nous allons faire venir des travailleurs tunisiens temporaires qui seront eux logés immédiatement ? Cela ne tient pas debout.

Et encore, n’ouvrons pas ici le débat sur la situation franco-française incroyable : un nombre d’offres d’emploi record (plus d’1 million) qui ne trouvent pas preneurs (même en CDI), malgré, en face, un chômage qui reste très élevé… Cherchez l’erreur.

Bizarre-bizarre, comme c’est bizarre, vous avez dit bizarre ?…

 

L.M.

 

*Un accord serait également en vue avec le Royaume marocain.