Bien que ne se connaissant pas, et ne se fréquentant donc pas, Bernard Patrie et Achouri Mohand étaient deux personnalités incontournables de la vie argelésienne, faisant, on peut le dire, la pluie et le beau temps à la Plage, où ils étaient (re)connues, plus et mieux que le fameux légendaire loup blanc ! Animés de conversations portées à bout de souffle, jusqu’au bout de leurs convictions, ils étaient, chacun de son côté, chacun à sa (bonne) place dans son rôle et dans l’occupation du domaine public, des auteurs-compositeurs-interprètes de la Vie sociale argelésienne incontourbapples.

D’accord ou pas d’accord avec l’un ou avec l’autre, contre l’un ou contre l’autre, et vice-versa, on ne s’ennuyait jamais, quitte à intérioriser de (dé)flagrantes gingivites, pour ne pas avoir à affronter leur humour, à subir leur répartie… et à mettre en cause leur sens de l’Honneur !

Bernard Patrie – ici en compagnie de Didier, ancien directeur artistique de feu le bard-musical-théâtral perpignanais « La Movida », autre temps, autre époque – faisait partie des commerçants historiques de la station balnéaire Argelès-plage : « c’est avec beaucoup d’émotion et une très grande peine que nous venons d’apprendre la disparition du doyen des commerçants du Centre-plage », nous informait, samedi matin, Patrick Pienne, président de l’Association des Commerçants du Centre-plage d’Argelès-sur-Mer (ACCA). « Les commerçants perdent avec une immense tristesse un des leurs, un personnage haut en couleur, au caractère bien trempé. Il faisait partie de notre grande famille des commerçants ».

La saison estivale, sans lui, ne rayonnera plus de la même façon, tant il était à la fois, et en permanence, un fou-rire, une grande gueule, une personnalité passionnée et passionnante. Sur la terrasse de sa boutique d’articles de vêtements pour le bain et la plage, ancrée dans le quartier des allées piétonnes, au coeur de l’Histoire « los argelésienne », en devanture, toujours prêt à humer l’air du temps saisonnier, à observer la bonne cliente pour flairer la tendance du moment, il semblait être un mannequin de cire, une statue vivante qui faisait partie des meubles.

Didier avait été salarié de Bernard Patrie le temps d’une saison. Chaque retrouvaille était prétexte à des éclats de rire perceptibles jusqu’à la source de La Massane !

 

//////////     //////////     //////////

 

Renaud tenant dans ses bras l’un de ses trois enfants, le petit-dernier Kaïs, sous le regard de son grand-père et donc arrière-grand-père, Achouri

 

Achouri Mohand* était le père de Acène, restaurateur bien connu et très apprécié des autochtones et des « résidents secondaires » d’Argelès-plage, gérant du restaurant « La Mandoline », situé avenue du Grau à Argelès-plage. Tous les midis, hors saison COVID naturellement, au volant de sa voiture rouge, que l’on devinait être une Rover, casquette de capitaine marin définitivement vissée sur le crâne, bien au sommet, il faisait une apparition au comptoir le temps de vider un verre. Un seul !, rassurons la Sécurité routière. Cela lui permettait d’être en famille, de retrouver des amis, de faire des connaissances… et puis il rentrait chez lui. Jusqu’au lendemain, solide comme un roc, le pas juste hésitant pour traverser les clous, à cause de ces fous du guidon aussi dangereux que certains automobilistes irrespectueux du Code de la Route.

Rebelotte. Le soir, il recevait à domicile autour de l’anisette. De belles et précieuses retrouvailles, à 18h pile. Un grand moment. De son beau pays (natal) l’Algérie, Achouri avait toujours, encore et encore, des anecdotes croustillantes, couleur kémia. Avec lui, fallait pas se tromper dans les ingrédients de la recette du ragoût d’agneau aux olives et pommes de terre ; sinon c’était sortie de table destination le Mc Do du coin ! Sans oublier, pour revenir s’attabler à son guéridon, de réciter en illimité la composition authentique de la chorba. Mais il y avait aussi en lui du Normand, du Savoyard, du Catalan bien sûr et par-dessus tous ! Des étapes géographiques, des itinéraires d’une vie bien remplie qui l’ont marqué à jamais.

Bernard et Achouri vont nous manquer. C’est sûr. Et certain. Ils nous manquent d’ailleurs déjà. A leurs familles, à leurs proches, à leurs amis, La Rédaction de Ouillade.eu adresse ses plus sincères condoléances.

 

L.M.

 

*Les obsèques d’Achouri Mohand auront lieu ce jeudi 18 février 2021, à 15h, au crématorium de Perpignan.