Aujourd’hui jeudi 1er avril, Paule a 75 ans. Ce n’est pas un poisson. Mais ce sera la toute-première fois, vraisemblablement, qu’elle aura la tête ailleurs, toujours sur le calendrier certes, mais pour fixer un autre événement : la fermeture définitive de son commerce, « Argelès Pressing », situé très exactement au N° 54 de la Route Nationale, la principale avenue qui traverse le village pour entre autre rejoindre Collioure et la Côte Vermeille

 

Elle baissera le rideau ce samedi 3 avril*. Et, croyez-le ou pas, son âge n’y est pour rien. Strictement pour rien. Comme on vous l’écrit. C’est à cause de nouvelles normes écologiques qu’elle doit s’en aller ; le perchloroéthylène, produit chimique utilisé pour le nettoyage à sec, et dont la manipulation est désormais interdite en France, a fini par avoir sa peau !

Un comble pour « Polo » – ou « Popo » selon les intimes – elle qui a manié, manoeuvré, remué, des kilomètres, des kilogrammes de cuir, elle qui est connue (et respectée) pour avoir la peau dure dans son combat quotidien, permanent, pour défendre la cause animale qu’elle a dans la peau… Elle qui dans sa minuscule boutique, officine, ouvrait perpétuellement son grand coeur, et ce à tel point qu’on entrait souvent la voir quand on se sentait mal dans sa peau pour en repartir bien sa sa peau ! Après y avoir  déposé toutes sortes de matières, ou plutôt de vêtements.

La complicité professionnelle entre Paule et Perchloro aura tout de même duré plus d’un demi-siècle. Car c’est en novembre 1968, avec sa maman, rentrant d’Algérie, qu’elles ouvrent ce commerce.

Depuis, au fil des saisons, au fil des ans, au fil des baptêmes, des communions et des mariages, elle a vu passer dans son antre plusieurs générations de Catalans, car son pressing étendait sa zone de chalandise dans un rayon d’une vingtaine de kilomètres à la ronde autour du village d’Argelès. De Cerbère, de Banyuls-sur-Mer, de Collioure, de Laroque-des-Albères, de Sorède, de Saint-André, de Palau-del-Vidre, de Saint-Cyprien… la clientèle affluait des quatre coins du canton, de la communauté de communes, de la circonscription.

Derrière son comptoir (éternellement équipé d’un panier garni de sucreries), devant sa table à repasser, entre ses étagères, Paule en a vu défiler des modes, elle en a effiloché des tendances, des variants… Elle en a vu grandir des petits argelésiens, fleurir des talents au rugby, elle les a suivis au Stade sans y avoir mis les pieds mais en nettoyant leurs maillots. Ainsi elle a partagé tous leurs succès, les défaites aussi, elle a tout simplement vécu pendant cinq décennies le quotidien de tout un village.

 

Elle en a entendu des scoops, bien avant les journalistes, elle en a entendu de belles histoires d’Amour, bien avant qu’ils se marient, elle en a découvert des destins hors du commun, bien avant leur réalisation… Pendant tout ce temps et de temps en temps, elle a été les yeux et les oreilles d’Argelès telle qu’on l’aime. Elle en sera bien évidemment la précieuse gardienne d’une mémoire fantastique.

Ne nous inquiétons pas pour elle. Le vrai temps de la retraite pour Paule ce n’est pas pour demain la veille. Elle a déjà mille occupations, et autant d’invitations, qui l’attendent, qui l’espèrent. Et vous verrez qu’elle continuera de mettre les bouchées doubles, Passionnée et Passionnante qu’elle est, qu’elle a été et qu’elle restera. C’est plutôt nous qui sommes à plaindre dès à présent, car sa gentillesse, son sourire et son charme vont nous manquer. Car avec elle, sans quitter son pressing, en l’écoutant secouer la vie tout simplement, on voyageait un peu plus loin, elle nous emmenait à l’autre bout de son paradis peuplé d’animaux et de gens extraordinaires, une ferme du Bonheur en somme !

L.M.

 

*Les clients pourront continuer de venir récupérer leur linge quelques jours après la fermeture officielle, en appelant pour prévenir de leur passage : le 04 68 81 00 11 ou le 04 68 81 25 30.