Maryse (AVALLONE née CAMPS, à Port-Vendres) s’en est allée. Elle est partie (à 67 ans) des suites d’un mal foudroyant, hier en fin d’après-midi, emportée par une forte tramontane qui s’est brusquement levée pour céder la place à une pleine lune d’un orange vif et radieux, émergeant de la Méditerranée, dans un décor de beauté rare.

C’était exactement comme Maryse aimait vivre cette baie de Paulilles, au pied des vignes du hameau de Cosprons, où chaque jour, depuis la fenêtre de sa chambre, s’offrait à son regard un panorama grandiose, unique.

Maryse était à Paulilles une fée dans un jardin royal : son royaume, inestimable, le Sol é Mio, situé à l’abri des regards de Port-Vendres et de Banyuls-sur-Mer, taquinait le monde sur tous les tons. Avec un esprit vif en guise de baguette magique, elle avait le don précieux d’être à l’écoute de toutes et de tous, même lorsqu’elle pensait différemment, autrement, dans cette société tumultueuse et souvent contradictoire. Elle portait en elle tous les chefs d’œuvre de Molière, à la fois drôle et tragédienne à sa manière, se projetant avec délices dans une comédie humaine, au milieu d’une troupe d’amis solides qui l’aurait suivie jusque sur une autre planète.

Etudiante jusqu’au bout (par sa façon de refaire le monde quotidiennement, éternellement – derrière son comptoir ou en terrasse au bord d’une table avec une cigarette mentholée, sa préférence, jamais trop loin des mains), elle militait à toute allure à coups de lectures, de rencontres, d’apéros, entourée de chats de toutes les couleurs. Et toujours dans son regard, profond, le reflet de cette Méditerranée venant flirter avec la baie de Paulilles. Et puis, et puis, il y avait cette Catalogne, cette terre catalane, qu’elle chérissait tant, qu’elle défendait avec ses mots à elle, avec son humour, avec ses cicatrices également.

Elle était Libre dans son théâtre. C’est peut-être un détail pour nous, mais ça voulait dire beaucoup pour elle. Libre de se promener en robe de chambre sur la terrasse dans son écrin, le Sol é Mio, au milieu de vieilles connaissances. Libre d’entrer ou de quitter une conversation un verre à la main. Libre d’oser, d’aimer ou de détester. Libre de penser. Libre d’être « La Voix ». Libre de vivre, tout simplement. Toutes celles et tous ceux qui l’ont connue, croisée, n’oublieront jamais sa silhouette, sa signature.

Parce qu’elle se méfiait des puissants, elle n’aurait jamais laissé quelqu’un dehors. Sa porte était toujours grande ouverte. Il y avait chez Maryse toujours une fête en attente. Chaque client du Sol é Mio, son restaurant, ou plutôt son terrain de jeu, était son hôte avant tout. Son fils Aldo, nourri et élevé avec cette même générosité de coeur, saura évidemment prendre le relais, qu’il a d’ailleurs déjà solidement en mains depuis longtemps.

A sa maman, à ses enfants, à ses petits-enfants, à sa famille, à ses amis, à tous ses proches, la rédaction de Ouillade.eu adresse ses plus sincères condoléances. Les obsèques auront lieu ce lundi 9 octobre 2017, à 15h 30, en l’église de Port-Vendres.