L’écrivain français Dominique Fernandez pose, le 12 décembre 2007 à Paris, à la veille de son entrée à l’académie Française. AFP PHOTO PATRICK KOVARIK – AFP original / PATRICK KOVARIK ( X ) FER04-192512-PIH

Le CML (Centre Méditerranéen de Littérature) invite l’académicien Dominique Fernandez, mercredi 19 juillet à 16h30 au Musée Rigaud pour son livre La société du mystère (Grasset).  Entrée libre.

Au confluent de deux grandes passions de Dominique Fernandez, l’Italie et la peinture, cette autobiographie fictive, La société du mystère véritable roman de cape, d’épée et de pinceau, se situe dans la lignée de Porporino ou les mystères de Naples (Grasset, 1974, prix Médicis), de Dans la main de l’ange (Grasset, 1982, prix Goncourt) et de La course à l’abîme (Grasset, 2003).

Dans la Florence de la Renaissance, les héros de la peinture se nommaient Jacopo Pontormo, Rosso Fiorentino et Agnolo Bronzino. Tous trois anti-classiques, ces représentants de la Belle Manière ont atteint la perfection grâce à une audace esthétique que la censure n’a pu totalement brider.

Mais qui étaient vraiment ces génies novateurs ? Le détail de leur vie quotidienne nous est mal connu. Ce que nous savons d’eux est le plus souvent inspiré des notices biographiques rédigées par le peintre Giorgio Vasari dans sa Vie des plus excellents peintres, sculpteurs, architectes (1550). Mais quoiqu’il ait fait œuvre d’historien de l’art, Vasari n’est pas toujours un témoin digne de confiance, surtout lorsqu’il s’agit d’évoquer Jacopo Pontormo, son rival !

Les spécialistes actuels rectifient volontiers les approximations historiques de Vasari, mais ils disposent rarement de la documentation nécessaire pour approfondir la psychologie des artistes du XVIe siècle. Cette déficience relative des archives est propre à laisser le champ libre à un romancier intéressé par l’autobiographie et doté d’une imagination prolifique.

Fervent admirateur de l’Italie

C’est naturellement le cas de Dominique Fernandez, inventeur du concept de psychobiographie. Fervent admirateur de l’Italie, le romancier était l’auteur indiqué pour combler les lacunes des bibliothèques. Son roman récemment publié chez Grasset, intitulé La société du mystère, se présente comme les mémoires fictifs d’Agnolo Bronzino, peintre perfidement qualifié de maniériste par Vasari.

L’idée que Bronzino ait pu rédiger des souvenirs est d’autant plus crédible que les peintres florentins – Vasari lui-même, Pontormo ou Parmigianino – avaient un véritable penchant pour l’autoportrait. C’est donc avec une certaine jubilation que Dominique Fernandez revisite pour nous l’ancien procédé littéraire du manuscrit perdu, miraculeusement retrouvé dans une librairie de livres anciens.

Parmi les peintres représentatifs de la peinture florentine à son apogée, pourquoi avoir choisi Agnolo Bronzino (1503-1572) comme personnage principal d’une fresque historique ? Sans doute d’abord parce que Bronzino s’est trouvé à un carrefour d’influences. Disciple du grand Pontormo, Bronzino a fréquenté Rosso et Benvenuto Cellini. Il a en outre été le maître d’Alessandro Allori.

Par ailleurs, quoique Bronzino ait été un peintre moins personnel que Pontormo, son rayonnement à Florence a été considérable du fait de son engagement comme peintre officiel à la cour de Cosme 1er et d’Éléonore de Tolède. C’est ainsi Bronzino qui, par insigne faveur, a été chargé de décorer la chapelle de la duchesse au Palais Vecchio.

Dominique Fernandez postule qu’un pacte confidentiel aurait été conclu entre les peintres florentins, habitués à dissimuler à la fois leur sexualité condamnée par l’Église et leurs audaces esthétiques, notamment dans la représentation de la nudité. Surveillés par le pouvoir politique, éventuellement soupçonnés d’hérésie, ils n’avaient d’autres solutions pour déjouer la censure que de multiplier les messages cryptés et les images à double sens.

Dans La société du mystère, Dominique Fernandez trace d’inoubliables portraits d’artistes, notamment celui de Pontormo, personnage atrabilaire que seul Bronzino pouvait aisément approcher. Contraint à jouer au fou pour mieux imposer ses hardiesses esthétiques, il a sacrifié son bonheur au profit de son art.

Quant à Bronzino, un peu comme Léonard de Vinci, il est présenté dans La société du mystère comme un humaniste modèle, maître de la peinture religieuse et du portrait mais aussi insolent poète. Son goût avéré pour l’écriture codée justifie qu’il ait pu être l’auteur d’un ouvrage révélant les secrets que Vasari avait soigneusement occultés.

Trois générations de peintres, Pontormo, Bronzino et Allari ont inventé un style où la sophistication, l’artificiel et l’étrange le disputaient au naturel. Cette manière leur a permis de s’affranchir des limites de leur temps. Nostalgique d’une époque exceptionnellement créative, Dominique Fernandez convie, dans son magistral roman, le lecteur à se jouer des conventions actuelles.

La société du mystère de Dominique Fernandez, Grasset, 2017.